Histoire locale. Vivre à Fontevraud, dans et en dehors de l’abbaye

La commune de Fontevraud-l’Abbaye est souvent perçue comme un bourg monastique, développé progressivement autour de l’Abbaye Royale. Un inventaire du patrimoine de cette commune a été l’occasion d’une relecture de l’Histoire, où l’on découvre que l’abbaye eut un rôle bien plus complexe dans la formation du village. Dans ce nouveau volet de l'histoire locale, retour sur la vie dans et en dehors de l'abbaye de Fontevraud.

Quand Robert d’Arbrissel fonde l’Abbaye de Fontevraud en 1101 dans une clairière sans doute peu peuplée, sa communauté s’installe d’abord dans des « cabanes ». Cependant, moniales et frères s’organisent très vite en couvents stricts et se dotent en quelques décennies de bâtiments majeurs qui forment aujourd’hui encore les grands traits de l’Abbaye Royale. Dans le même temps, les laïcs qui accompagnent ces premiers développements sont progressivement mis à l’écart. Le statut des frères proscrit ainsi de leur céder des terres à proximité pour s’y établir. Plus encore, trois papes successifs interdisent, en 1119, 1137 et 1150, toute habitation de laïcs auprès de l’abbaye et de ses prieurés. Il s’agit surtout de garantir la tranquillité d’une retraite spirituelle et de protéger les religieuses, dont bon nombre sont de très nobles familles, de toute atteinte et de tout scandale. Les abords du monastère sont ainsi gelés, voire sanctuarisés, par des terres exploitées par l’Abbaye Royale comme par un vaste cimetière ? L’habitat villageois ne peut dès lors se constituer qu’au sein des hameaux disséminés, dont le principal est longtemps celui des Roches, à près d’un kilomètre au Nord.

Les étapes du rapprochement

Quand l’Abbaye Royale perd peu à peu de sa puissance, elle doit composer avec des empiètements, et des habitants se rapprochent. A la fin du 13e siècle, des maisons sont mentionnées près de l’église paroissiale, de la porte de la « trappe » ou un peu plus au Sud, à l’Ânerie. Au début du 16e siècle, Fontevraud se réforme et retrouve de sa superbe : en 1504 une clôture de 6 mètres de haut est construite, qui isole nettement les couvents féminins. L’Abbaye Royale ne semble plus craindre la promiscuité villageoise. Les abbesses stimulent même une certaine effervescence en proximité. Elles obtiennent en 1549 la création d’un marché et la construction de halles sur une portion du cimetière, puis concèdent vers 1577 des terres voisines, à condition qu’y soient implantées des maisons. L’immense cimetière est amputé plusieurs fois encore au 18e siècle pour installer un champ de foire et de nouveaux bâtiments. Ce développement reste toutefois limité : en 1789, la rue Robert d’Arbrissel, principale artère actuelle, n’est pas encore complètement bordée de maisons et les hameaux accueillent toujours la majorité du peuplement.

Après la suppression de l’abbaye, les vides se comblent

Durant la Révolution, l’Abbaye Royale est dissoute et saisie comme bien national. Les espaces qui l’entouraient sont vendus : sur 40 hectares presque d’un seul tenant, seuls 8 restent dans acquéreur – l’espace aujourd’hui ouvert à la visite –, dont l’État fait une prison. De nombreuses constructions monastiques deviennent donc parties constituante du bâti villageois. Par ailleurs, le grand cimetière paroissial est transféré hors du village en 1814. D’immenses parcelles deviennent ainsi constructibles. Le village se densifie. Au fil du temps, des maisons s’alignent au long de nouvelles voies, qui s’étirent jusqu’à rattacher les hameaux au bourg. L’allotissement du Grand Clos, cœur géographique du bourg, parachève enfin, et depuis 1992 seulement, un processus de constitution villageoise entamé il y a plus de 900 ans. Ainsi, aux yeux du visiteur, Fontevraud-l’Abbaye paraît aujourd’hui un village désarticulé et tentaculaire, qu’il traverse longuement avant d’atteindre les portes de l’Abbaye Royale.

Vivre à l’Abbaye

Au fil de l’histoire, au temps de l’ordre fontevriste comme lors de la période carcérale, nombreux étaient ceux qui vivaient dans l’Abbaye Royale pour en assurer l’administration et l’entretien. Une petite ville, en perpétuelle transformation.

Les pensionnaires de l’Abbaye : Les « commensaux », officiers, employés, et pensionnaires de l’Abbaye Royale pouvaient être nombreux. En 1640, Jean Lardier, bibliothécaire et historien de l’ordre de Fontevraud, y recense ainsi pas moins de 90 personnes au service de la cité monastique : intendant, médecin, chirurgien, apothicaire, boulanger, boucher, forestier, « botcheleur » (chargé de la distribution du foin)…

Boulanger et boucher, juge et sacristains : Ces personnes vivaient, en famille quand elles étaient mariées, dans la Grande Clôture, c’est-à-dire dans la clôture générale, distincte de celle des religieuses. L’Abbaye Royale comptait ainsi une tonnellerie, une buanderie, un moulin, une boulangerie, une graineterie, une boucherie, des écuries (« fannerie »), des logements pour le médecin et le chirurgien… Aujourd’hui encore, plusieurs édifices, vendus comme biens nationaux à la Révolution, témoignent de ces anciennes affectations. La « secrétainerie », au nord de l’abbatiale, abritait les sacristains. Au fil du temps, ses usages varièrent, du logement des frères convers à l’hébergement d’hôtes de passage. À proximité se trouve le logis du sénéchal : cette bâtisse abritait, au 18e siècle, le sénéchal de l’Abbaye, dont la fonction était de rendre justice pour le compte de l’abbesse. Il exerçait sa fonction dans le tribunal situé au premier étage des anciennes halles (emplacement actuel de la mairie).

Le directeur de la prison chez l’abbesse : Durant la période carcérale, certains personnels pénitentiaires disposent d’un logement de fonction, sur place. Le directeur est installé dans un appartement de 250 m2 dans l’ancien logement de l’abbesse, le palais abbatial, dans la cour d’honneur. Aujourd’hui, on y accueille les artistes en résidence. L’économe, mais aussi le médecin de la centrale, ou encore le coiffeur de l’administration pénitentiaire, possèdent eux aussi leur logement de fonction. Ceux de l’économe et du coiffeur – strictement identiques, bâtis au début du 19e siècle par l’ingénieur Charles-Marie Normand – encadrent la cour de l’écrou et disposent d’une cave et d’un jardin privatif entièrement clos. Le logis de l’économe, restauré en 2011, est aujourd’hui appelé « Pavillon Normand » et accueille des équipes de Fontevraud. En 1828, on construit dans la cour d’entrée le « casernement », pour abriter la compagnie d’infanterie chargée de la garde de la prison. Après avoir tenu lieu de salle des fêtes de la commune et de salle d’exposition, c’est aujourd’hui le bâtiment d’accueil des visiteurs.

Sources : Retrouvez toute l’histoire de l’abbaye de Fontevraud sur https://www.fontevraud.fr.

 

Commentaires 1

  1. ACM49 says:

    Merci pour ces articles très instructifs

    Répondre moderated

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