Saumur. Sécheresse : La station Éléphant Bleu a pu rouvrir partiellement après des semaines de démarches et une perte de chiffre d’affaires

Depuis le mois d'août, les stations de lavage de Maine-et-Loire ont été contraintes de fermer leurs portes. Une fermeture imposée par les services de l'Etat en raison de la sécheresse. Après un mois et demi de fermeture et de nombreuses démarches auprès de différents acteurs, Yann Merisier a pu rouvrir par dérogation une partie de son activité au sein de la station Eléphant Bleu de Saumur. Il fait part de son incompréhension quant à cette décision. Explications :

Le Maine-et-Loire, comme la plupart du territoire français, a connu durant l’été une importante période de sécheresse qui se poursuit avec des précipitations qui se font toujours attendre. Conséquence directe de cette sècheresse, le préfet de Maine-et-Loire a pris un arrêté visant à restreindre la consommation d’eau pour préserver la ressource. Directement impactées par ces mesures, les stations de lavage du Maine-et-Loire ont été contraintes de fermer à compter du 18 août dernier par arrêté préfectoral. Une situation particulièrement difficile à vivre pour les professionnels du secteur, privés de leur activité. Après plusieurs semaines de démarches auprès des services de la préfecture, Yann Merisier, exploitant de la station de lavage Éléphant Bleu de Saumur –créée il y a 32 ans par ses parents dont il a pris la suite il y a 8 ans (relire notre article pour en savoir plus)- et aussi représentant départemental Mobilians (syndicat professionnel) des stations de lavage pour le Maine et Loire, a obtenu l’autorisation par dérogation de rouvrir ses pistes haute pression. Les rouleaux sont quant à eux toujours à l’arrêt. « Dès la réouverture nous avons constaté un engouement auprès des professionnels comme des particuliers qui étaient en peine puisqu’ils n’avaient plus de solution de lavage », souligne le professionnel, un peu amer quant à cette décision des services de l’Etat.

Un mois et demi de fermeture sans compensation financière

« Dès le mois d’août, nous avons rencontré la direction départementale des Territoires qui prend les arrêtés imposant la fermeture de toutes les stations de lavage du département. Nous avons constaté que nous étions la seule activité professionnelle à qui on imposait une fermeture complète d’activité sans aucune aide financière pour compenser cette perte. D’autant que les assurances ne couvrent plus les arrêts d’activité pour sécheresse depuis 2023 », explique-t-il. Le professionnel du lavage automobile a même rencontré les services de l’Etat avec la volonté de « trouver des solutions », se disant pleinement « conscient des problématiques hydriques ». « Nous avons proposé de diviser par deux notre consommation d’eau en privilégiant les solutions les plus économes en eau pour le lavage des véhicules mais cette solution nous a été refusée d’emblée », explique-t-il. Il déplore également le fait que « chaque département a ses propres règles du jeu ». Dans le département voisin d’Indre-et-Loire pour la tension sur la ressource en eau était pourtant la même, les stations n’ont pas été contraintes de fermer totalement. « Sans aucune rentrée d’argent, la situation est vite devenue compliquée car nous avons subi 1,5 mois de fermeture sans aucune compensation financière », commente Yann Merisier. Le Saumurois a donc rencontré les responsables locaux (Maire de Saumur, CCI de Maine et Loire, les 7 députés de Maine et Loire, les sénateurs) qui ont envoyé une lettre co-signée au préfet pour dénoncer l’impasse de la situation.

Rouvrir pour moins consommer d’eau et moins polluer

Yann Merisier estime que cette fermeture ciblée sur les stations de lavage est simplement de l’affichage puisque celles-ci renvoient une certaine image de la consommation d’eau et du « gaspillage » de la ressource. Ce qui ne s’avère pas forcément vrai dans les faits. « Un lavage en station prélève sur la ressource en eau 60L lors d’un lavage à la haute pression, soit 5 fois moins qu’à domicile. Par ailleurs, chez nous, 95% de l’eau utilisée est récupérée et restituée au milieu naturel après traitement (dépollution des hydrocarbures et métaux lourds). Un lavage à domicile consomme 340L d’eau et rejette les eaux polluées d’hydrocarbures directement dans les sols sans toutefois restituer l’eau car aucun système de collecte n’existe (0% de récupération) », détaille le professionnel. Or pendant la fermeture des stations, certains particuliers ont fait le choix de nettoyer leur véhicule chez eux, occasionnant une consommation d’eau et une pollution plus importante in fine. « Comme nous le constatons sur le terrain avec la fermeture de notre station la pollution ne disparaît pas mais elle se déplace. Même si le lavage à domicile est interdit pour ne pas polluer les sols, quand aucune solution n’est proposée beaucoup de nos clients ont franchis le pas… En fermant toutes les stations de lavage du département, l’étude de l’INEC (Institut National de l’Economie Circulaire) nous révèle que sur une période d’un mois concernée par un arrêté sécheresse, il suffit que 6% de la population lave son véhicule à domicile une seule fois, pour annuler les économies d’eau escomptées. Dans cette même étude, 15% des personnes interrogées ont lavé leur voiture à domicile ou chez un proche dans les Pyrénées-Orientales lors de la précédente crise sécheresse de 2023. Il en résulte donc une augmentation de la consommation d’eau en fermant les stations de lavage », détaille Yann Merisier. Le Saumurois se dit particulièrement investi sur le sujet de la préservation de la ressource et ne comprends pas vraiment cette décision préfectorale. En plus de la récupération de l’eau et du traitement de celle-ci, il a investi en février 2026 dans des variateurs qui permettent de réduire la consommation d’eau sur deux positions de lavage notamment grâce des pressions de lavage réduites (-10% d’eau). Ces variateurs permettent également de réduire la consommation électrique. « Nous savons dès à présent que le chiffre d’affaires perdu ne sera pas récupéré mais nous espérons pouvoir travailler avec les représentants de l’Etat dans les mois à venir afin de trouver des solutions lors des prochaines crises hydriques à venir. Aujourd’hui, nous avons des entraves réglementaires qui nous empêchent d’avancer pour réduire encore nos consommations, nous allons travailler avec les services de la DDT et le préfet cet hiver pour engager une démarche co-responsable en ce sens et lever les obstructions réglementaires », conclut-il.

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