La famille de Joseph porte le titre pompeux de De Guigné de la Cerisaie ou de la Bérangerie. La Cerisaie est une maison entourée de vignes à Allonnes lui appartenant. La Bérangerie est une autre propriété à Ligré. La famille, saumuroise de père en fils, réside dans le quartier Saint-Nicolas à Saumur. Le père de Joseph, qui porte le même prénom que lui, est négociant à Allonnes. Sa mère s’appelle Hélène Le Maistre. Le garçon, troisième de la fratrie, est baptisé en l’église Saint-Pierre le 23 décembre 1668. On n’en sait pas plus sur ses débuts dans la vie.
Il semblerait qu’il fasse une première carrière dans l’armée et qu’il devienne officier de cavalerie, mais il ne résiste pas à l’appel du large. Il se rend dans le Nouveau monde où il assume la fonction lucrative et enviée de garde-magasin sur l’île de la Martinique. Devenu négociant, on le retrouve à Madagascar. Là, il se livre au négoce. Antoine Boucher, alors adjoint au gouverneur de l’île Bourbon (aujourd’hui la Réunion), décrit très bien ce commerce dans un rapport : « …Il y a, incontestablement, dans cette première partie de la vie de Joseph Deguigné, des activités que la morale moderne réprouve : cette entreprise à laquelle il participa avec Forget, un flibustier de Bourbon, était une grandiose tentative de commerce interlope entre les Antilles, l’Afrique, Madagascar et la mer des Indes ; il s’agissait d’armer à la Martinique un navire de 120 tonneaux pour aller à l’île Bourbon pour y porter du vin, de l’eau-de-vie et des alambics ; aller à la côte d’Afrique auparavant, y porter des marchandises, et ensuite embarquer des nègres et surtout des négresses pour l’île de Bourbon ; de là revenir à l’île de Sainte-Marie (grande base des forbans) pour y acheter des marchandises des Indes où il y en a nombre ; retourner à la côte d’Afrique, faire la traite des nègres et ensuite revenir à la Martinique ».
Le projet de Joseph est contrarié lorsque son vaisseau est assailli par une bande de pirates sous les ordres de deux compères : George Booth et John Bowen. On ne connaîtra jamais le fin mot de l’histoire, mais il semble que Joseph de Guigné trouve la vie de ses ravisseurs plutôt exaltante et qu’il embrasse leur carrière mouvementée. Il exerce alors la profession de pirate avec Bowen – Booth étant décédé – sur un navire de soixante-dix canons et trois cent cinquante hommes d’équipage. Ses connaissances lui permettent de servir de pilote et de chirurgien à bord du navire.
Le 9 avril 1704, Joseph de Guigné décide de mettre sac à terre à Saint-Paul, capitale de l’île Bourbon, avec John Bowen, (ce dernier se fera alors appelé Jean Bouin). Les flibustiers repentis sont accueillis à bras ouverts car les colons volontaires pour s’installer sur l’île ne se bousculent pas. Notre héros lui, que l’on surnomme « la Cerisaie », épouse Françoise Carré le 24 novembre 1704. Elle lui donne quatre enfants. La famille s’établit d’abord chez Augustin Panon, originaire de Toulon. Puis, elle s’installe au Butor et ensuite à la Rivière des Pluies. Joseph achète une terre à Sainte-Suzanne où il décroche le titre d’Enseigne puis de Greffier du Conseil provincial de l’île Bourbon de 1707 à 1718. Il est bientôt nommé Capitaine de Quartier à Saint-Denis. Boucher décrit Joseph de Guigné ainsi : « Au-dessus du commun par les belles qualités qu’il possède et les éducations qu’il a eues. Il a étudié et poussé ses études jusqu’au dernier point. S’acquitte avec exactitude et attachement de ses emplois d’enseigne et de greffier. Donne une belle éducation à ses enfants. »
En 1728, Joseph est le premier, avec un certain Aubert, « conseiller ad honores », à recevoir à titre exceptionnel une médaille d’or avec le portrait du roi Louis XV. Cette distinction était destinée à donner de l’émulation aux nouveaux habitants de l’île. Noble désargenté, il meurt le 14 décembre 1736 à l’âge de 68 ans. Le lieu-dit « la Cerisaie » à Allonnes se trouve tout proche du carrefour de la Ronde.
Bibliographie :
– MAYAUD Bernard, Joseph de Guigné, un Saumurois à l’île Bourbon au début du XVIIIe siècle, in bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts du Saumurois, n° 117, 1968.
– GUËT I. Les origines de l’île Bourbon, Librairie militaire de L. Baudoin et Cie, Paris, 1885.
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