Nos chers politiciens ont une pratique exercée de la langue de bois. Les malintentionnés diront même qu’elle pourrait être enseignée à l’ENA. Pour ceux dont le parcours n’aurait pas transité par la noble institution, elle s’offre en formation accélérée dans l’expérience de leur quotidien. Au pire, ils s’éduquent aux discours verbeux et démagogiques pour noyer le poisson dans un océan d’opportunités. « Il faut que » et « il n’y a qu’à » sont dans le même bateau. « Il n’y a qu’à » tombe à l’eau. Reste « il faut que » pour godiller entre les vagues et atteindre le cap avancé de leurs intentions. Ainsi, pour Emmanuel Macron, il faudrait donc que les « mabouls » en querelle avec le gouvernement algérien rentrent dans le rang. Autant dire que Bruno Retailleau, futur candidat à l’Élysée, arrête de fustiger ce pays qui ne souhaite pas reprendre les indésirables frappés d’OQTF (obligation de quitter le territoire français). Au risque, bien entendu, de nous priver d’une « main-d’œuvre » indispensable régie par les accords de 1968 C’est le cas particulier des très nombreux « Padhue », ces praticiens diplômés hors Union européenne, dont le chef de l’État souhaite améliorer les conditions de titularisation dans le système de santé français. Ils sont plus de 15 000 aujourd’hui à exercer en France, dont les trois quarts issus du bassin méditerranéen, d’Algérie, principalement, du Maroc, de la Tunisie, de la Syrie et du Liban. « C’est le bordel », a fustigé le président pour assurer de son soutien ceux qui contribuent « à la lutte contre les déserts médicaux ». « Je veux lui répondre calmement mais fermement », a rétorqué le président des Républicains. « Ce faux prétexte ne vise qu’à dissimuler les vrais problèmes », sous-entendu nés de l’immigration. D’ailleurs ne vient-il pas d’associer son parti à celui d’Edouard Philippe, Horizon, et au Rassemblement national du binôme Le Pen-Bardella, pour adopter une résolution (185 voix contre 184) visant à dénoncer le fameux accord franco-algérien de 1968. Cette action a également conduit à la première victoire symbolique d’un texte présenté par le RN à l’Assemblée nationale.
La misère de nos banlieues, de nos villages
Retailleau avance sur les platebandes de l’extrême droite en enfourchant un cheval de bataille promu en toutes circonstances pour expliquer bien des faillites de notre nation. En l’occurrence, concernant la question des déserts médicaux, il n’a pas tort ; les véritables raisons résident dans l’incapacité de doter de moyens les universités qui sont autorisées à fixer elles-mêmes le quota d’étudiants dans le cadre du nouveau numerus apertus. Sans argent, sans volonté, le gouvernement tâtonne et rajoute une quatrième année de médecine générale pour inciter les internes à exercer dans nos campagnes, sous la houlette de généralistes… en voie de disparition. On tourne en rond. Mais, rassurons-nous, en 2027 une nouvelle réforme des études de santé est envisagée visant à faciliter l’accès à la première année de médecine et, en principe, l’éclosion future d’un plus grand nombre de praticiens. Tous aptes à s’installer dans les métropoles ou les rivieras, pas forcément à Fleury-Mérogis, à Pomponne, à Jacob-Bellecombette, à Chanteloup-les-Vignes, à Moult-Chicheboville, à Chauconin-Neufmontiers, Paimboeuf ou Mantes-la-Ville. À moins que des « Padhue » venus d’ailleurs acceptent généreusement d’aller soigner des « Mabouls » ayant choisi de vivre dans la misère de nos banlieues, sous les clochers de nos villages de charme.
Georges Chabrier
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