« C’est loin du canon qu’on trouve les vieux soldats. », dit un proverbe alsacien. Référence aux armes de guerre anciennes dont l’efficience déclinait avec l’éloignement de la cible, épargnée par les effets directs ou collatéraux de la rafale. Mais, quand la bouche à feu est artificieuse et fugitive, embarquée sur la plate-forme arrière d’un véhicule, l’objectif est à portée d’une réussite funeste. Ainsi doté, Caesar, notre canon français, fait des ravages en Ukraine occupée par les forces quelque peu grisées de l’armée russe. Il gronde, comme ceux, célèbres, de Grégory Peck, à Navarone. Le troublant et séduisant alias capitaine Keith Mallory, iconique « canon » du cinéma, au même titre que Monroe, Bacall, Bardot, Hudson, Delon ou Sinatra, « the voice ». L’emblématique crooner à la voix de velours tiraillé par ses excès d’amour pour l’alcool et les complaintes, oscille entre boire des canons de Rusty Nail, son cocktail préféré, ou écouter Pachelbel et son canon en ré majeur aux propriétés narcotiques et relaxantes. Si un verre n’a jamais tué un homme, comme disait Zola, enclin à partager de bons moments de convivialité avec ses camarades, chez le marchand de vin, il le soumet parfois à des options fatales par des dérives incontrôlées. Boire ou conduire, il faut choisir, tout le monde le sait et pourtant nombreuses sont les occasions de s’empourprer le nez, les joues, de rougir de ses excès, de honte, de l’inconscience claire des risques encourus. L’éthylotest et les gendarmes planent sans trop de conséquences sur nos appétences gauloises et gaillardes, dans une tradition sociale imagée par les banquets républicains où riches et pauvres se mêlaient pour faire bombance, ripailler aux derniers sons de la musique baroque.
Bérets, vin et saucissons
Les traditions résistent aux temps qui changent dans des formules adaptées aux goûts du jour, de la région, des cépages, de l’identité locale comme chez nous avec les galipettes et le Champigny des Grandes tablées réunissant des milliers d’amateurs de rassemblements réjouissants. Après un an d’interruption, ces agapes de masse reviennent pour prendre pied au château, comme pour s’inscrire dans un cadre médiéval à l’ombre de l’histoire, des traditions, de la nostalgie d’une France d’avant que certains, sournoisement, souhaitent faire renaître à travers « les plus belles fêtes de France ». Des célébrations promues, soutenues et organisées par « le canon français », une marque de la sphère Stérin, milliardaire engagé dans un projet idéologique et politique, Périclès, pour sauver la France en hissant la droite et l’extrême droite au pouvoir. Banquets franchouillards, bérets, vins et saucissons, sur du Sardou, se répandent au gré des foires, des comices, des festivals et reconstitutions sous la bienveillante attention de G.O (gentils organisateurs), prompts à entonner la Marseillaise, les insultes racistes et les saluts nazis ! Tout un programme qui fait scandale hors du brouhaha des convives inhibés par la bâfrée généreuse et coûteuse (80,00 €). Nos grandes tablées ont 25 ans. Que sonnent les cloches et résonne le canon, qu’on les goûte ou pas, elles ont sagement vieilli dans le fût des passions de nos viticulteurs dont le vin est bien bon.
Georges Chabrier.
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