L’édito du Kiosque : Les Malheurs de Sophie

Dans l’ombre de leur rivalité, les États-Unis et la Chine sont tenus de s’entendre. Le partage du monde est une ambition commune à ces deux nations mercantiles, en quête effrénée d’hégémonie planétaire.
©AFP

Tout part à vau-l’eau ! Nos illusions, nos préjugés, nos fragiles certitudes charpentées par la méconnaissance et la peur, fragilités fécondes entretenues par ceux qui font et défont, nous abusent et nous divisent. On aime à croire et on apprend, un jour, une nouvelle, banale ou ébouriffante, dont on s’étonne plus que de raison tant elle paraissait évidente pour peu qu’on ait enfin cessé de faire semblant. Et oui, tout fout le camp, même nos utopies enfouies au plus profond de nos enfances sous la chaleur de la couette. Ainsi, Sophie, notre iconique girafe de Haute-Savoie, ne serait plus « made in France », mais essentiellement produite en Asie. Un comble pour nos bébés attendris et gourmands du grand mammifère tacheté, notre doudou à tous, en caoutchouc 100 % naturel. Il en est ainsi. Dans nos étals et ceux du monde entier se propagent, à profusion, les productions subventionnées de l’hégémonique Chine. L’incontournable place du commerce où, bon an mal an, chacun fait ses courses, confortant la domination économique et l’ambition géopolitique du pays. Cette aspiration à dominer le monde agace sérieusement la première puissance mondiale, les États-Unis du très mercantile Trump, contrariés par une dépendance avérée et redoutable aux terres rares et aux semi-conducteurs.

On oublie, on s’en fout !

Les ingrédients vitaux de la performance technologique. Les richesses concentrées et rémunératrices de la nation des géants, les Musk, Bezos et Cook, en voyage à Pékin pour accompagner le boss vers un nouveau « deal » commercial. Un partage équitable du monde dans un nouveau G7 débarrassé des parasites, le Canada, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et le Royaume‑Uni. On crée notre G2, entre complices, Américains et Chinois On fait du business, laissant sous l’oreiller les sujets qui fâchent, Taïwan, les Ouïghours, les guerres d’Ukraine et d’Iran. Confortablement, on oublie le sort des peuples, les massacres, les dégâts collatéraux sur les économies du présent, de demain, sur tous les continents, particulièrement l’Afrique menacée de grandes famines. On s’en moque.  Pourvu que le détroit d’Ormuz soit de nouveau libre de toute occupation, réquisition, que reprennent les flux du pétrole et du gaz, fructueuses sources de profits, de dollars et de yuans. Quant aux engrais, ils attendront, les récoltes aussi. Face aux caméras, les comparses vont sceller leur union dans un rituel de déférence. D’une poignée de main franche et sincère, Donald murmurera à l’oreille de son frérot : « Ah, mon bel ami Xi, moi aussi, tout le restant m’indiffère, j’ai rendez-vous avec vous. »

Georges Chabrier

 

 

 

 

 

 

Les commentaires sont limités à 500 caractères.
Le Kiosque renforce sa veille : Les commentaires ne seront pas corrigés. Ceux comportant des mots grossiers ou portant atteinte à l'intégrité des individus n'étant pas publics ne seront pas publiés. La courtoisie n'empêche pas la libre expression, nous vous rappelons aussi que le débat s'enrichit d'idées et non de critiques aux personnes. Vous pouvez aussi nous adresser un article, une réflexion, une pensée,... que nous publierons en courrier du lecteur.
Are you sure want to unlock this post?
Unlock left : 0
Are you sure want to cancel subscription?