La France poursuit sa lente régression dans le classement de l’Indice de Perception de la Corruption (IPC). Elle flirte désormais avec la trentième position, en deçà de la moyenne des démocraties reconnues et qualifiées. Cette propension très inquiétante s’est vue confortée ces dernières années par une pléiade de démêlés politico-judiciaires ayant mis à mal l’exemplarité des représentants de notre République. Les affaires, se succèdent au gré des mandats d’élus de tous bords en mal de probité. La Gauche, la Droite, le Centre, des Premiers ministres, des ministres, députés, sénateurs, maires et autres conseillers, même des membres du Conseil constitutionnel ou d’anciens présidents nourrissent les minutes des tribunaux et le désenchantement d’électeurs toujours plus éloignés de la classe politique. Le constat effraie tant les condamnations vont bon train dans le spectre étendu des trahisons commises par ceux qui prêchent la bonne parole, auxquels les Français ont accordé leur confiance. Fraude fiscale, blanchiment, corruption, abus de biens sociaux, subornation de témoins, complicité ou recel de détournement de fonds publics, achats de votes, attributions frauduleuses de marchés publics, financement occulte de partis politiques, la liste est longue des délits perpétrés par des « innocents » pris la main dans le sac de leurs cupides ambitions. Et ça continue, toujours et encore. En concurrence de la saga Sarkozy, le Rassemblement national nous impose aujourd’hui la nouvelle saison d’une série européenne au casting imposant. Pas moins de huit euros-députés dans le box des accusés et tout autant de condamnations prononcées en deuxième instance par la cour d’appel de Paris. Prison ferme, sursis, amendes, inéligibilité temporaire, tous ont été reconnus coupables, éviteront l’incarcération, feront pénitence pendant quelques mois, quelques années, pour mieux revenir.
La mémoire qui flanche
Mais, au rang des innovations saugrenues, une candidate condamnée à trois ans de prison, dont deux avec sursis, une peine d’inéligibilité de 45 mois, dont 30 avec sursis, va faire campagne pour les prochaines élections présidentielles. Sans aucune certitude d’aller au bout si la cour de cassation rejette son pourvoi. Une véritable pantalonnade dont les effets sont délétères pour notre démocratie, notre avenir, pour mobiliser sur les enjeux cruciaux auxquels est confronté notre pays. À chaque rendez-vous électoral, les abstentions progressent, traduisant le désamour et la défiance du peuple envers ses institutions représentatives. Des élus passent mais leur nature reste jetant le discrédit sur un exécutif paraissant avoir abandonné toute promesse de République exemplaire. On en parle, on s’y engage, comme Marine Le Pen, exaltée par l’affaire Cahuzac, en 2013. « Quand allons-nous mettre en place l’inéligibilité à vie pour tous ceux qui ont été condamnés pour des faits commis à l’occasion de leur mandat ? » avait-elle fièrement claironné pour stigmatiser le ministre socialiste. Le temps passe, elle a dû oublier, la richesse et la gloire, il est vrai, chassent pudiquement la mémoire.
Georges Chabrier
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