L’édito du Kiosque. Hongrie : de l’écran noir à l’espoir

Malgré le soutien inconditionnel des États-Unis et de la Russie, Viktor Orbán a perdu le pouvoir. L’Europe respire, les Hongrois espèrent en un premier ministre, Péter Magyar, qui a engagé avec autorité la réforme du pays. La télévision d’État a même demandé « pardon », pour avoir « menti » pendant de nombreuses années.
AFP

Il fallait s’en débarrasser, c’est fait ! Le gros caillou dans la chaussure de l’Europe n’entravera plus la marche en avant de l’Union dont on connait les propensions à claudiquer pour avancer en bonne cadence. Merci au peuple hongrois d’avoir sorti, par les urnes, Viktor Orbán, inconditionnel allié des illibéraux de tous poils, des pourfendeurs de notre modèle démocratique continental. Trump, Xi Jinping et surtout Poutine ont perdu un ami cher, un vassal attentif et motivé. Péter Magyar, avocat de 45 ans, conservateur pro-européen, a remporté les élections législatives en avril dernier pour entreprendre une réforme en profondeur de son pays, sous tutelle du Fidesz, le parti d’Orbán, depuis 16 ans. Un véritable changement de régime et de doctrine vis-à-vis de l’UE libérée des chantages permanents du populiste qui ferraillait pour faire lever les sanctions contre la Russie, cesser les aides à l’Ukraine et ralentir son processus d’adhésion à la Communauté. Défenseur de la monnaie unique, le nouveau leader du « pays des eaux » a promis d’intégrer la zone euro et la Cour pénale internationale avant la fin de son mandat. Mais, la tâche la plus ardue à laquelle il est confronté est en interne pour corriger les conséquences des dérives autoritaires de son prédécesseur et rétablir, au plus vite, l’État de droit.

Président destitué

Au pas de charge, il avance pour réformer la Constitution du pays souhaitant interdire aux deux tiers des députés du Fidesz de se représenter au Parlement lors des législatives de 2030. Le 13 juillet dernier, les nouveaux députés ont même adopté une réforme expéditive visant à destituer le président de la République Tamas Sulyok, jugé « indifférent et apathique » face aux dérives autoritaires de son ex-Premier ministre. Au rang des priorités annoncées par le nouveau chef du gouvernement, la création d’une agence de lutte contre la corruption, dont la Hongrie est le pire représentant européen, et la restauration de l’indépendance des médias d’État, dont le service public de l’audiovisuel. En ce sens, quelle ne fut pas la surprise quand les téléspectateurs de la principale chaîne, M1, furent confrontés à un écran noir sur lequel défilait un texte présentant des excuses. « Les médias de service public ne peuvent pas mentir. Nous vous demandons pardon pour l’avoir pourtant fait pendant de longues années ». La sidération a été totale, accompagnée de commentaires favorables et élogieux, mais tempérés de réserves justifiées par la crainte de voir l’émergence d’un environnement « indépendant et crédible », autoritairement contrôlé par le nouveau bâtisseur. Sous l’autorité d’un seul, il n’y avait ni vérité, ni justice. Péter Magyar ne devra pas répéter l’histoire, mais tendre l’oreille pour écouter aussi la voix de ceux qu’il a légitimement assourdis.

Georges Chabrier

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