Le maréchal Leclerc est l’un des héros français les plus populaires de la Seconde guerre mondiale. Sa fin tragique a encore renforcé son prestige. Quand il arrive à Saumur en 1931, il ne s’appelle pas Leclerc mais Philippe de Hauteclocque. Il est né le 22 novembre 1902 à Belloy-Saint-Léonard, près d’Amiens, dans la Somme. Sa famille appartient à la haute aristocratie picarde. De tradition catholique, il sera un fervent pratiquant durant toute sa vie.
Très tôt, il envisage une carrière militaire. Elève au lycée Sainte-Geneviève de Versailles, prestigieuse école jésuite, il prépare en 1922 le concours d’entrée à l’Ecole spéciale de Saint-Cyr. Il sortira cinquième de sa promotion. Il entre alors à l’Ecole d’application de la cavalerie de Saumur. Il loge dans une chambre au n° 16 de la rue de Lorraine. Il participe au Carrousel de 1925 et sort major de sa promotion. Cette même année, il épouse Thérèse de Gargan ; de cette union, naîtront six enfants.
Sa première affectation est le 24e Régiment de dragons. Puis, en 1926, il obtient sa mutation au 8e Régiment de spahis algériens. Il participe à la guerre du Rif. En 1930, il obtient sa première citation à l’ordre de l’armée et devient instructeur à Saint-Cyr. Philippe de Hautecloque revient à Saumur en 1933 où il s’installe au n° 37 de la rue de Poitiers. Il est alors père de cinq enfants. En décembre 1934, il devient capitaine et quitte Saumur
En 1938, il réussit haut la main le concours d’entrée à l’Ecole Supérieure de guerre. L’année suivante, il est affecté à l’état-major de la 4e Division d’infanterie. Quand la Seconde guerre mondiale éclate, il essaie de traverser les lignes allemandes, mais il est capturé. Il parvient à s’échapper et à réintégrer les troupes françaises. Blessé, il arrive à s’évader de l’hôpital d’Avallon. C’est en juin 1940, à Grugé-l’Hôpital dans le Maine-et-Loire, qu’il se fait faire de faux papiers au nom de Philippe Leclerc.
En passant par l’Espagne et le Portugal, il parvient à Londres en juillet 1940. Là, le général de Gaulle lui confie pour mission de rallier la France Equatoriale à la France libre. Il se rend en Afrique où il s’auto promeut colonel alors qu’il n’est que capitaine.
Tandis que le maréchal Pétain le déchoit de sa nationalité et le condamne à mort, il est promu général de brigade par de Gaulle. Les troupes anglo-américaines débarquent en Afrique du Nord en 1942. Leclerc participe avec la 8e armée britannique à la campagne de Tunisie contre l’Africa Korps. La 2e division blindée est alors créée, la célèbre 2e DB.
En avril 1944, le régiment au complet s’embarque pour l’Angleterre où il est affecté à la 3e armée américaine du général Patton. Le 1er août 1944, la 2e DB débarque sur la plage de Saint-Martin-de-Varreville dans la Manche. Elle libère Alençon le 13 août mais bute sur Argentan. Détail amusant : le char de Leclerc, le char de commandement est équipé d’un canon factice en bois ! Les troupes alliées gagnent du terrain en France. Le général de Gaulle négocie avec les autorités américaines afin que ce soit la 2e DB qui libère Paris. Après deux jours de combat, le 26 août 1944, c’est chose faite : le général Leclerc reçoit la reddition du général allemand von Choltitz.
La 2e DB se dirige alors vers l’Est. Le 23 novembre 1944, elle libère Strasbourg. Dans les premiers jours de l’année suivante, les soldats découvrent les horreurs des camps de concentration. Ils poussent l’exploit jusqu’à s’emparer du « nid d’aigle » d’Adolf Hitler, à Berchtesgaden, en Bavière, mais il est revendiqué également par deux autres régiments américains.
Le conflit en Europe à peine terminé que, dès juin 1945, le général Leclerc rejoint le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient : le Japon a fait main basse sur l’Indochine française. Il est présent le 12 septembre 1945 à la signature de la reddition japonaise à Singapour. La reprise en main du Cambodge se fait en douceur, mais il n’en va pas de même en Cochinchine, au sud du Vietnam. En mai 1946, les troupes françaises achèvent de reprendre le contrôle de l’Indochine en récupérant le Laos.
Réexpédié en Afrique du Nord, Philippe Leclerc sera promu général d’armée à 5 étoiles le 14 juillet 1946, manœuvre destinée à lui faire accepter un poste d’inspecteur des forces terrestres. Rappelons que de Gaulle est resté général de brigade à 2 étoiles.
Le 28 novembre 1947, au cours d’une tournée d’inspection, non loin de Colomb-Béchar, en Algérie, l’avion qui transporte Leclerc s’écrase. Tous les occupants de l’appareil sont tués sur le coup. La nouvelle de cette mort est un choc pour la France qui voyait en lui le libérateur de la nation. Il est inhumé le 4 décembre 1947 dans la crypte des Invalides à Paris. Il est élevé à la dignité de maréchal de France en 1952.
De nombreuses villes de France possèdent une rue, une avenue, voire une place du maréchal Leclerc, l’un des odonymes les plus fréquents du pays (après celui de de Gaulle), ainsi qu’un monument. Saumur n’échappe pas à la règle.
Au n° 37 de la rue de Poitiers à Saumur, une plaque indique : « Le général Leclerc de Hautecloque a habité cette maison pendant son stage de lieutenant d’instruction à l’Ecole de cavalerie en 1933 et 1934 ».
La fabuleuse histoire d’Iris 16, le cheval du capitaine Leclerc
Le cheval n’a sans doute jamais mis les pieds à Saumur, mais son histoire est étonnante. A l’école Militaire de Saint-Cyr, près de Versailles, le capitaine instructeur Philippe de Hautecloque, possédait un cheval remarquable : Iris 16. Il courait souvent à Maisons-Laffitte, mais il était très rebelle. On le soupçonne d’avoir fait chuter son cavalier, lui cassant une jambe, ce qui expliquerait que le maréchal Leclerc marchait avec une canne. Lors de l’invasion de la France en juin 1940, un officier de cavalerie allemand a l’idée de faire main basse sur le précieux cheval. Mais celui-ci ne l’entend pas ainsi et quand le palefrenier vient pour le prendre, il rue et le tue. L’officier allemand, furieux, ordonne que l’on fusille le cheval ! Iris 16 aura donc le triste privilège d’être un des tout premiers résistants fusillés par les Allemands. Aujourd’hui, le tableau d’Iris 16 est toujours visible dans le cabinet de travail du maréchal Leclerc à Tailly dans la Somme.
Bibliographie :
– GRIBIUS, Le Général Leclerc dans la Campagne de France, Souvenirs du Chef d’Escadrons Gribius, Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts du Saumurois, n° 98, pp 3-18, 1949.
– BEAUCHARD Raoul, Le Général Leclerc de Hautecloque à l’Ecole de Cavalerie, in Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts du Saumurois, n° 99, pp 3-15, 1950.
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