La rubrique diététique : Notre assiette a une histoire

Anne Manteau, diététicienne nutritionniste installée à Saumur et Avoine, nous prodigue chaque mercredi quelques conseils. Avant la pause estivale, j'avais envie de vous proposer non pas un nouvel article de nutrition, mais une lecture. Un livre qui ne parle ni de calories, ni de régimes, ni de recettes miracles, mais de notre relation à la nourriture. J'ai choisi Mangeuses – Histoire de celles qui dévorent, savourent ou se privent à l'excès, de Lauren Malka. Une lecture passionnante qui m'a rappelé une évidence : notre façon de manger ne dépend pas seulement de ce que nous avons dans notre assiette, mais aussi de l'histoire qui nous a construits.

À travers une enquête mêlant histoire, sociologie, littérature et témoignages, Lauren Malka montre que notre rapport à l’alimentation est le fruit d’un héritage culturel ancien. Dès l’Antiquité, le corps féminin est observé, commenté, parfois contrôlé. Les philosophes valorisent la tempérance et la maîtrise de soi, tandis que l’appétit féminin est volontiers associé à l’excès ou au manque de vertu. Au fil des siècles, les traditions religieuses, les discours médicaux, les normes sociales puis les modèles de beauté ont entretenu cette idée qu’une femme devait savoir contrôler son corps… et son alimentation. Si notre société a profondément évolué, certaines de ces représentations continuent encore aujourd’hui d’influencer notre rapport au poids, au plaisir de manger et à la culpabilité.

En consultation, j’entends souvent les mêmes phrases : « Je n’ai aucune volonté. » « Je sais ce qu’il faudrait faire, mais je n’y arrive pas. » Ces mots sont presque toujours prononcés comme un aveu d’échec. Pourtant, ce livre nous invite à déplacer notre regard. Et si nos difficultés alimentaires ne relevaient pas uniquement d’un manque de volonté ? Et si elles étaient aussi le résultat de tout ce que nous avons entendu depuis l’enfance ? Les remarques sur le poids, les régimes répétés, les compliments lorsque l’on maigrit, les injonctions à être raisonnable ou les images de corps parfaits façonnent peu à peu notre manière de manger.

C’est sans doute ce qui m’a le plus touchée dans cette lecture. En tant que diététicienne, je parle bien sûr d’équilibre alimentaire, de fibres, de protéines, d’activité physique ou d’organisation des repas. Mais je constate chaque jour que ces connaissances ne suffisent pas toujours. Beaucoup de personnes savent parfaitement ce qu’il faudrait manger et continuent pourtant à souffrir dans leur relation avec l’alimentation. Parce que manger ne répond jamais uniquement à un besoin physiologique. Nous mangeons aussi avec notre histoire familiale, nos émotions, notre fatigue, notre stress, nos souvenirs et toutes les croyances que nous avons intégrées au fil des années.

C’est pourquoi mon accompagnement ne consiste pas seulement à équilibrer une assiette. Il s’agit aussi de comprendre ce qui se joue autour d’elle. Pourquoi mangeons-nous trop vite ? Pourquoi culpabilisons-nous après un dessert ? Pourquoi avons-nous parfois l’impression de devoir mériter le plaisir de manger ? Comprendre ces mécanismes est souvent plus utile que d’ajouter une nouvelle règle alimentaire. Car une alimentation durable ne repose pas uniquement sur le contrôle, mais sur une meilleure connaissance de soi.

J’apprécie également que Lauren Malka ne cherche jamais à opposer plaisir et santé. Son livre rappelle qu’une alimentation sereine ne peut pas se construire dans la culpabilité permanente. Le plaisir de manger n’est pas un défaut. La gourmandise n’est pas un manque de volonté. Prendre soin de sa santé ne signifie pas vivre dans la frustration. Cette vision rejoint profondément ma façon d’accompagner les patients : l’objectif n’est pas de manger parfaitement, mais de construire une alimentation suffisamment équilibrée pour prendre soin de sa santé tout en restant compatible avec la vraie vie, les repas de famille, les vacances, les invitations et les petits plaisirs du quotidien.

L’été est justement une période propice pour ralentir. Les repas prennent davantage de place, on partage plus volontiers un déjeuner entre amis, un barbecue ou un pique-nique improvisé. C’est peut-être aussi le bon moment pour observer notre relation à l’alimentation avec davantage de curiosité que de jugement. Se demander pourquoi certains aliments nous rassurent, pourquoi certains repas nous inquiètent ou pourquoi la culpabilité apparaît parfois sans raison. Comprendre plutôt que juger est souvent le premier pas vers un changement durable.

Si vous cherchez une lecture qui parle autant d’histoire que de société, de féminisme que de psychologie, et qui amène à réfléchir autrement à notre rapport à l’alimentation, je vous recommande chaleureusement Mangeuses de Lauren Malka. Vous ne refermerez probablement pas ce livre avec une nouvelle liste de conseils nutritionnels. En revanche, vous le refermerez peut-être avec un regard plus indulgent sur vous-même.

Nous héritons tous d’une histoire alimentaire qui ne nous appartient pas entièrement. Avant de chercher à mieux manger, il est parfois utile de comprendre tout ce qui, depuis l’Antiquité, la famille ou la société, s’est invité dans notre assiette. Car prendre soin de sa santé, c’est aussi remettre du sens dans notre façon de manger.

Je vous souhaite un très bel été, riche en découvertes, en lectures inspirantes, en repas partagés… et en moments de plaisir sans culpabilité. Nous nous retrouverons à la rentrée pour continuer, ensemble, à avancer vers une alimentation plus sereine et plus durable.

La recette de la semaine : Velouté glacé de poivron rouge, poisson pané aux corn flakes

Préparation 20 min – Temps de cuisson 30 min pour 4 personnes

Ingrédients : 4 poivrons rouges /1 oignon / 1 gousse d’ail / 2 c à s d’huile d’olive / 50 cl d’eau / 1 cube de bouillon de légumes / 400 g de poisson blanc (idéalement, dos de cabillaud) / 50 g de corn flakes / 1 œuf / 50 g de farine / 1g de sel

Laver les poivrons, les ouvrir en deux pour ôter les graines. Couper les poivrons grossièrement en dés.

Peler l’oignon et l’ail. Emincer l’oignon et hacher l’ail.

Dans une cocotte, verser 1 cuillerée à soupe d’huile d’olive. Y déposer l’oignon et l’ail et les faire dorer. Ajouter les dés de poivron et les faire revenir quelques instants.

Verser l’eau, porter à ébullition et plonger le cube de bouillon de légumes. Laisser mitonner 20 min.

Pendant ce temps, couper le poisson et petits dés.

Dans une assiette creuse battre l’œuf en omelette.

Dans deux autres assiettes creuses, verser d’une part la farine et d’autre part les corn flakes. Ecraser ces derniers à la fourchette.

Passer les dés de poisson successivement dans la farine, dans l’œuf puis dans les corn flakes écrasés. Les faire dorer à la poêle dans un fond d’huile d’olive.

Mixer finement le velouté de poivron (au blender ou au mixeur plongeant). Laisser refroidir et placer au frais.

Monter les brochettes de poisson. Servir le velouté bien frais accompagné des brochettes poisson.

Parsemer de graines de sésame grillées juste avant de servir.

Variantes : Ce velouté peut être servir également chaud. Le poisson peut être remplacé selon le goût par des petits dés de poulet, de filet mignon de porc ou d’escalope de veau.

Et cette semaine je vous propose de déguster des Pêches grillées à la verveine et glace à la fleur de lait.

 

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