L’agrégation de toutes les colères est une perspective effrayante dont notre gouvernement, à juste titre, s’inquiète. Indigent et tourmenté, il assiste à la montée en puissance de tensions plurielles désormais exprimées dans des appels résolus à la manifestation. Les policiers sont dans la rue, les marins-pêcheurs bloquent les ports et les dépôts pétroliers, les électriciens et les gaziers font grève. Qui d’autres encore, des enseignants, des personnels de l’Éducation nationale, de la santé, de l’État et des collectivités locales, de la SNCF, de France Travail, de Radio France, du musée du Louvre… Qui d’autres ? Sinon des agriculteurs, des routiers, des retraités, les « laissés-pour-compte » et les exaspérés, pourraient grossir les rangs des mécontents appelés notamment à descendre dans la rue, le 29 septembre prochain. La colère gronde à l’aune de frustrations qui engendrent la révolte et créent, en l’occurrence, les conditions d’un nouvel embrasement social. Les prochains jours seront cruciaux en marge d’une autre mobilisation, plus œcuménique, le voyage apostolique de Léon XIV. À Notre-Dame, au Stade de France, à la Concorde, à Lourdes ou à Metz, le pape va mobiliser des centaines de milliers de fidèles encadrés par d’importantes forces de sécurité. En aucun cas, les cortèges des admirateurs du souverain pontife et des protestataires ne sauraient se rencontrer ! Les fastes et la misère, l’opulence et la souffrance vont donc cohabiter dans un espace inflammable propice à l’explosion.
Bonheur et Indécence
Bien que fortuite, la concomitance des supplications ramène néanmoins à une factualité cruelle. La venue de Léon XIV est un événement majeur logiquement salué et fêté par les chrétiens de France. Elle coûtera 27 millions d’euros, sans compter les dépenses de sécurité liées à la présence de 15 000 policiers mobilisés et à la charge de l’État. La facture est salée et parait indécente en ces temps de disette, de privation, quand certains peinent à vivre, à travailler, à alimenter leurs chalutiers pour des pêches de moins en moins miraculeuses. L’urgence est là, absolue, pour tous ceux qui subissent l’humiliation de ne pouvoir exister dignement dans un monde où l’argent coule à flot dans des délices ostentatoires oublieux de certains invités. Les promesses ne suffiront plus à calmer les douleurs et à offrir aux révoltés une raison acceptable de se lever le matin. Autant dire une raison d’être, comme « l’ikigai » qui confère aux Japonais d’Okinawa le bonheur du temps présent. A l’abri des turpitudes dans leur « moai », réseau d’entraide et de soutien social constitué dès l’enfance, jusqu’au terme de la vie. Au-delà d’un siècle pour les 107 677 centenaires que compte l’île, le « Hawaï japonais » où on cultive son jardin, pratique le « hara hachi bu », l’équilibre nutritionnel et la socialisation… sous le soleil. C’est loin, à plus de 10 000 km, mais ça fait rêver !
Georges Chabrier
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