Cette exposition est labellisée Bicentenaire de la Photographie et s’inscrit dans la programmation officielle du Bicentenaire de septembre 2026 à septembre 2027. Elle est organisée par la Ville de Montreuil-Bellay et le Département de Maine-et-Loire, en partenariat avec le Centre Régional Résistance et Liberté (CRRL) de Thouars. L’exposition MĀNOUCHES a été co-produite par le Château de Tours-Centre d’expositions, la Ville de Montreuil-Bellay et le Département de Maine-et-Loire. Le projet a également bénéficié du soutien du ministère de la Culture, de la Région des Pays de la Loire et de la FNASAT.
« Des difficultés à transmettre oralement l’histoire familiale »
De 2019 à 2023, Georges Pacheco, photographe et Estelle Granet, autrice, ont sillonné cinq départements à la rencontre d’une grande famille de Voyageurs, les Duville. Un périple artistique et humain qui les a menés sur les traces des descendants d’Émile Duville dit Didi. Né en 1897 et décédé en 1991, ce dernier est un personnage emblématique des Manouches du centre et de l’ouest de la France, ainsi qu’une figure tutélaire importante pour la famille. C’est donc à partir de lui et de son épouse, Eugénie Gaisne dite Canette (1895-1975), que s’est déployé ce travail. La famille Duville est représentative d’un mode de vie particulier, celui des Manouches dits buissonniers qui se déplacent encore de village en village et s’arrêtent souvent en dehors des aires d’accueil. Mais, ce mode de vie est aujourd’hui en mutation. L’abandon progressif des chevaux puis des roulottes, au profit de caravanes, a modifié leur façon de voyager et d’être ensemble. Les différentes branches de la famille se rencontrent moins souvent et les anciens font souvent état de difficultés à transmettre oralement l’histoire familiale. C’est ce qui a d’abord donné envie à Georges Pacheco et Estelle Granet de s’engager dans cette aventure artistique. Faisant dialoguer portraits photographiques, documents issus des archives départementales et familiales, textes et montages sonores, MĀNOUCHES se veut une mise en images et en mots de l’arbre généalogique de cette famille de Voyageurs. Il s’agit, par la photographie et l’écriture, de revisiter son histoire et, ce faisant, de construire avec ses membres, des traces, une mémoire à partager et à transmettre.
Un voyage au cœur des représentations
Afin de mener à bien le projet MĀNOUCHES, Estelle Granet et Georges Pacheco ont transformé une caravane en studio photographique ambulant. Parcourant terrains d’accueil et lieux improvisés de campement, ils ont invité les descendants de Didi et Canette à poser pour un portrait individuel, à partager leur histoire, à confier témoignages et souvenirs et à échanger autour de leurs albums familiaux. Plus de quatre-cent personnes représentant cinq générations d’une même famille ont été photographiées dans cette caravane, donnant à voir des présences saisissantes, mais aussi leur désir de construire une image à transmettre au reste de la famille et aux générations suivantes. Toutes ont posé pour un portrait individuel et devant un même fond noir. Un dispositif choisi par Georges Pacheco pour s’extraire du contexte parfois stéréotypé dans lequel on s’attend à trouver les Voyageurs et focaliser le regard sur la personne. Il s’agissait d’ouvrir un espace et un moment dans lequel chacun pouvait révéler quelque chose de sa singularité, indépendamment de sa place et de son rapport au groupe. Enfin, ce dispositif fait écho à la photographie anthropométrique dont les Voyageurs ont été victimes. Il prend à contre-pied ces portraits de face et de profil réalisés à des fins de contrôle et de fichage, en permettant aux personnes de se réapproprier l’acte d’être photographiées, de se donner à voir telles qu’elles s’envisagent et non pas de façon contrainte. Autrement dit, se représenter librement. Cette question de la représentation de soi est centrale dans l’approche artistique de Georges Pacheco. Ses travaux sont toujours orientés par la recherche de la bonne démarche, c’est-à-dire du protocole photographique le plus juste pour représenter l’autre ou lui permettre de se représenter.
Une saga familiale en mouvement
De son côté, Estelle Granet s’est engagée, avec les descendants de Didi et Canette, dans la composition d’un récit familial partagé, susceptible de servir de socle à la transmission de la mémoire. Rencontre après rencontre, elle a longuement recueilli ce que les uns et les autres acceptaient de confier : des souvenirs plus ou moins récents, des réflexions sur la vie qui change, des bribes du passé transmises de génération en génération mais qui se racontent aujourd’hui de façon souvent décousue et dessinent une mémoire en pointillés. Des dizaines d’heures d’entretien ont été enregistrées, qui sont venues compléter les conversations informelles qui se nouaient autour de la caravane. Parallèlement, des recherches aux archives départementales de la Sarthe, d’Indre-et-Loire, de Maine-et-Loire, de la Mayenne, de l’Orne ont permis de combler certains vides. Actes d’état-civil, matricules militaires, carnets anthropométriques d’identité nomades, extraits de jugement, lettres et notes administratives sont ainsi venus conforter et dialoguer avec cette histoire orale. En suscitant de nouvelles interrogations, en réveillant d’autres souvenirs, en précisant certains récits, ces documents devenaient à leur tour le support d’échanges souvent intergénérationnels. Au fil de nos visites aux différentes branches de la famille, une narration collective s’esquissait peu à peu, avec ses élans et ses ellipses, ses moments-clés, ses personnages charnières et ses mystères. Près de deux siècles séparent Jean-Baptiste, dentiste ambulant mort en 1855 dans l’Aube, et Lévy qui, sept générations plus tard, dans la Sarthe, s’interroge sur sa vie, son avenir, et ce que signifie, pour lui, être Manouche aujourd’hui. Entre eux, se déploie toute une galerie de personnages qui, chacun leur tour, incarnent le parcours de cette famille. Un parcours singulier qui, sans cesse, croise et répond à la grande Histoire.
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Infos pratiques : 19 septembre < 21 novembre 2026 au Prieuré des Nobis, Montreuil-Bellay. Exposition ouverte :- Tous les samedis et les dimanches du 26 septembre au 31 octobre de 14h à 18h- Les samedis 7, 14 et 21 novembre de 14h à 18h- Tous les mercredis (excepté le 11 novembre) de 14h à 18h. Visites guidées et animations prévues : Renseignements auprès du Centre Régional «Résistance & Liberté» au 05 49 66 42 99.
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