Dossier. Les élections intercommunales, enjeu méconnu des municipales

Les 15 et 22 mars, les électeurs voteront aussi pour les représentants de leur intercommunalité aux élections municipales, ce que beaucoup de Français ignorent, d'autant que les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), aux fonctions très variées, restent mal connus.

Il n’y a ni campagne, ni scrutin dédiés, et sept Français sur dix (69%) ignorent qu’ils choisiront leurs élus intercommunaux avec le même bulletin de vote que leur maire lors des élections municipales, selon un sondage Ifop pour l’association Intercommunalités de France publié mi-janvier. Dans les communes de plus de 1 000 habitants, les bulletins comprennent deux listes : une pour les candidats au conseil municipal et une pour ceux qui sont également candidats à l’intercommunalité (communauté de communes, d’agglomération, communauté urbaine ou métropole). Dans les municipalités de moins de 1 000 habitants, ce sont le maire et les adjoints qui siègent à l’intercommunalité, en fonction du nombre de sièges dévolus à la commune. Des structures encore trop peu connues, aux missions et compétences pourtant très variées. Trop variées peut-être ce qui rend leur connaissance et la communication plus délicate et moins identifiable. Pourtant, la quasi-totalité des 34 875 communes françaises font partie d’une des 1 254 intercommunalités du territoire. Elles gèrent notamment le ramassage et le traitement des ordures ménagères, les transports urbains ou les réseaux d’eau. Mais les électeurs ne savent pas qu’en votant aux municipales, « ils vont peser sur les politiques publiques de l’intercommunalité », explique Sébastien Miossec, président délégué d’Intercommunalités de France. Pour pallier ce manque de notoriété, l’association a lancé une campagne d’information, « les élections comptent double », avec notamment des vidéos sur Brut et la chaîne Youtube de Jamy Gourmaud, « Les épicurieux ». Elle estime qu' »une meilleure information de nos concitoyens sur le sens de leur vote et sur le rôle de l’intercommunalité est un impératif démocratique ».

Petite enfance, santé et même sécurité

La coopération entre communes et la mutualisation des compétences sont particulièrement importantes en milieu rural – presque la moitié des communes françaises comptant moins de 500 habitants. Les intercommunalités s’y occupent de petite enfance, d’aide à domicile ou de santé – une des inquiétudes majeures des Français, selon les sondages. « Ce n’est plus un sujet qu’on peut traiter individuellement, commune par commune, pour compenser » le recul de l’accès aux soins, souligne auprès de l’AFP Laurent Trogrlic, président de la communauté de communes du Bassin de Pompey (Meurthe-et-Moselle). Les « intercos » peuvent aussi jouer un rôle dans la sécurité, la première préoccupation des électeurs. Dans certains secteurs comme dans le Chinonais, l’intercommunalité porte même un service de police intercommunale.

Des présidents d’intercos du RN, qu’est-ce que ça change ?

Les intercommunalité se révèlent également un lieu de débat et de consensus pour prendre des décisions, quelle que soit la couleur politique des élus. Et près de la moitié des électeurs (45%) souhaitent que la politique intercommunale repose sur cette logique de compromis (contre 31% qui préfèrent l’affirmation d’une ligne politique), selon l’étude Ifop-Intercommunalités de France. Seules trois intercommunalités sont dirigées par des élus d’extrême droite ou apparentés (Orange, Béziers et Lyon Saint-Exupéry en Dauphiné). Mais le Rassemblement national, qui devrait avoir autour de 700 listes aux municipales (contre 410 en 2020), pourrait décrocher davantage de mairies et donc d’EPCI. « Dans certaines intercommunalités, le rapport de forces va changer », prédit Sébastien Miossec. Or, le parti « préconise de remettre la commune et le département au centre du jeu territorial », et de « redonner un caractère facultatif à certains transferts de compétences aux EPCI, tels que la gestion de l’eau et de l’assainissement, le traitement des déchets et la politique de la ville », expliquait-il dans un rapport de l’Assemblée nationale sur la décentralisation en avril 2024.

Avec AFP

 

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