La chronique de Gino Blandin. Ils, elles sont passé(e)s par Saumur : Camille Landais « Docteur en médecine, femme de soins »

Cette rubrique bimensuelle, orchestrée par Gino Blandin, auteur saumurois et ancien président de la Société des Lettres de Saumur, se propose de brosser le portrait des personnalités qui, au fil du temps, sont venues à Saumur au cours de leur existence. Aujourd’hui, Camille Landais « Docteur en médecine, femme de soins » (1850-1927)
Camille Landais -Photo Archives municipales de Saumur

Le 29 septembre 1850, c’est à Angers que naît Camille Landais, au 10 rue Monfroux dans le quartier de la Doutre. A cette époque, Louis-Napoléon Bonaparte est président de la République et pas encore empereur. Elle naît la même année que Pierre Loti et Guy de Maupassant, au sein d’une famille angevine aisée qui fait des affaires dans le milieu viticole. Elle est la première enfant d’Isidore Landais et d’Adèle Cathelineau.

A l’âge de 24 ans, elle décide de faire des études de médecine. A cette époque, elles coûtent très cher, l’équivalent de 6000 heures de travail d’un ouvrier ! Pour entrer en faculté de médecine, il faut être titulaire de deux baccalauréats : lettres et sciences. Elle s’inscrit d’abord à la faculté de Sciences de Poitiers. C’est l’époque où, Robert Koch découvre le bacille responsable de la tuberculose. Camille passe la première partie du baccalauréat ès lettres en 1883, puis monte à Paris, où, l’année suivante, elle obtient la seconde partie du baccalauréat. Commencent alors pour elle quatre années d’étude de médecine durant lesquelles elle doit passer 5 examens et 6 inscriptions. Sur les 530 étudiants inscrits en même temps qu’elle, seuls 121 achèvent leurs études. Les femmes ne sont pas nombreuses dans le monde médical.

Camille Landais devient l’élève du professeur Stéphane Tarnier (1828-1897), médecin et obstétricien, considéré comme le chef de file de l’école française d’obstétrique en la fin du XIXe siècle et comme l’un des pionniers de l’hygiène des accouchées et des nouveau-nés. Discernant chez elle le sérieux et le sang-froid, il lui confie un poste de confiance dans la clinique d’accouchement de la faculté de médecine. Devant l’insuffisance de l’enseignement clinique, la faculté impose alors 3 années de stage en hôpital à tous ses étudiants. En 1891, Camille devient officiellement sage-femme ce qui lui permet de pénétrer dans le service des nouveau-nés en qualité de moniteur. Dorénavant, elle peut pratiquer et expérimenter le traitement qu’elle préconise dans sa thèse.

Le 10 octobre 1892, à l’âge de 42 ans, elle décroche enfin le diplôme de docteur en médecine. Sa thèse Des inhalations d’oxygène dans l’hygiène et la thérapeutique des nouveaux nés reçoit une mention honorable. Elle est publiée dans la Revue illustrée de Polytechnique médicale et chirurgicale l’année suivante.

Camille Landais est désormais médecin. Le « docteur » est un personnage important dans la société de la fin du XIXe siècle. Sa richissime famille lui offre ce que nous appellerions aujourd’hui une clinique à Paris au n° 219 de la rue Vercingétorix et au n° 11 cité Raynaud dans le XIVe arrondissement, tout près de la gare Montparnasse. En 1899, s’ouvrent les « Maisons de santé du docteur Camille Landais ». On y pratique la chirurgie et les accouchements. En revanche, on n’y accueille ni les aliénés ni les contagieux. L’établissement fonctionnera jusque dans les années 50.

Quand éclate la première guerre mondiale, Camille Landais met son établissement au service de la collectivité. Il devient l’Hôpital auxiliaire n° 82 et propose 35 lits aux blessés de guerre. Toutes les villes de France en font de même. En 1920, Camille Landais reçoit la médaille de bronze de la Reconnaissance Française.

Trois ans plus tard, elle devient chevalier de la Légion d’honneur en reconnaissance de son travail. Elle aura consacré sa vie à soigner des gens. Elle revient souvent en Anjou chez son frère Emile qui est devenu maire de Chacé. Celui-ci a une fille unique, Renée, qui épouse Camille Chautemps, un homme politique qui sera une dizaine de fois ministre dans différents gouvernements, député, sénateur et même maire de Tours. C’est à sa nièce Renée que Camille lègue tous ses biens.

Camille Landais s’éteint à Chacé le 30 novembre 1927. Un discret faire-part paraît dans le Courrier de Saumur du 1er décembre qui annonce les obsèques pour le lendemain. Elle repose dans le caveau familial du cimetière de Chacé.

Bibliographie :
– FAUCOU Anne, Camille Landais, docteur en médecine, femme de soins, de tête et de science, texte de conférence, septembre 2025
– FOCUS MATRIMOINE, Camille Landais (1850-1927), docteur en médecine, de tête et de science à Chacé, Villes et Pays d’Art et d’Histoire, Saumur, 2026

 

 

 

 

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