Courrier du lecteur : La Poste de Bagneux – La véritable histoire

Natacha Dubois, membre du Collectif Citoyen de Bagneux, a souhaité prendre la plume pour raconter de son point de vue comment elle a vécu la fermeture du bureau de poste de Bagneux et son combat pour l'empêcher.

Je suis Natacha Dubois, du Collectif Citoyen de Bagneux et co-listière de Mme Séverine Lécuyer de la liste Mieux Vivre À Saumur. À Bagneux, certains me connaissent comme « la rouquine qui marche tout le temps ». D’autres me connaissent parce que mon fils aîné est porte-drapeau. D’autres encore m’ont croisée dans les associations de ma commune, auprès des anciens combattants, dans la vie locale, animalière ou simplement dans les rues de Bagneux.

Si je prends aujourd’hui la plume, c’est parce que j’ai ressenti beaucoup de tristesse à la lecture des récents articles consacrés à la fermeture de la Poste de Bagneux. J’ai eu le sentiment qu’une partie de l’histoire avait disparu ; et que mon combat n’a pas su être valorisé.
Cette histoire, c’est celle d’habitants ordinaires, des irréductibles, qui ont refusé de rester spectateurs lorsqu’ils ont appris que leur bureau de Poste risquait de fermer. Il y a près d’un an, avec trois autres Bagnolais, nous avons créé un Collectif Citoyen de Bagneux pour tenter de défendre ce service de proximité auquel nous étions attachés. À l’époque, nous n’étions ni élus, ni représentants d’une organisation particulière. Nous étions simplement des habitants qui voyaient disparaître un élément important de la vie de leur commune.

Pendant des semaines, les marchés de Saumur et de Bagneux sont devenus notre terrain d’action. Le samedi matin à Saumur, le dimanche matin à Bagneux, nous allions à la rencontre des habitants pour expliquer ce qui se préparait et faire signer notre pétition. Mes trois garçons, aujourd’hui âgés de 16, 15 et 10 ans, étaient avec moi. Nous avons passé des heures à discuter avec les habitants, à écouter leurs inquiétudes et parfois leur colère. Nous avons rencontré des personnes âgées qui nous expliquaient qu’elles perdaient un repère important de leur quotidien. Nous avons parlé avec des commerçants qui s’interrogent encore sur les conséquences pour notre commune. Nous avons également échangé avec de nombreux habitants qui avaient le sentiment que les services de proximité disparaissaient les uns après les autres. Mes enfants et moi avons sillonné, vacances comprises, les rue de Bagneux, faisant du porte à porte pour expliquer la situation, que beaucoup (trop) ignoraient, entendre les sentiments et ressentis, et savoir s’ils acceptent d’être signataires. Je me souviens encore du jour où j’ai demandé publiquement à Jackie Goulet de signer notre pétition, quelque peu gêné de la situation. Je me souviens aussi du soutien de Noël Néron. Je me souviens surtout de tous ces habitants qui nous encourageaient à poursuivre notre démarche parce qu’ils partageaient nos inquiétudes.

Nous avions bien compris que plusieurs réalités se superposent. La Poste poursuivait sa politique nationale de réduction du nombre de bureaux physiques et, dans le même temps, des réflexions existaient déjà autour de l’avenir de ce local appartenant à Saumur Habitat, ignorant pour l’heure le nom du dirigeant de l’époque.

Mais pour nous, le sujet n’a jamais été uniquement celui d’un bâtiment. La Poste était un lieu de vie, une symbiose avec les autres commerces. Elle faisait partie du quotidien des habitants. Elle participait à l’activité du quartier et au maintien d’un lien social de proximité. Derrière sa fermeture, nous avions surtout peur de voir disparaître progressivement tout ce qui permet encore à une commune de rester vivante et accessible à tous.

Cette question me touche particulièrement parce que je n’ai pas le permis de conduire, faute à un accident qui ne me permet pas de le passer. Comme beaucoup d’autres habitants, je mesure chaque jour ce que représente l’éloignement des services. Lorsque l’on doit aller toujours plus loin pour effectuer une démarche, récupérer un colis ou accéder à un service essentiel, ce sont souvent les personnes les plus fragiles qui en supportent les conséquences. Si une commerçante récupère une partie de l’activité de La Poste, elle ne fait pas le travail entier du personnel, surtout sur le plan financier, elle prend également ses congés, mais les habitants ne sont pas prévenus. J’aurai tellement d’autres choses à vous expliquer.

C’est aussi pour cette raison que je m’inquiète aujourd’hui d’autres évolutions que nous observons sur notre territoire. Je pense notamment à la disparition du service de vétérinaire de garde le week-end à Saumur, qui oblige désormais de nombreuses familles à se rendre jusqu’à Beaucouzé lorsqu’un animal nécessite une prise en charge urgente, qui sans intervention, pourrait conduire à un problème de santé plus grave voire une tragédie. Cela peut paraître secondaire à certains. Pour les personnes concernées, et croyez bien que pour l’évoquer avec mes concitoyens, c’est un sujet de préoccupation, c’est pourtant une difficulté supplémentaire qui s’ajoute à toutes les autres.

C’est au cours de ce combat que j’ai rencontré Séverine Lecuyer de Mieux Vivre A Saumur. Ce qui m’a beaucoup touché, avant même de parler politique, est que nous avons parlé de Bagneux, de ses habitants, des services qui disparaissent et de ce que cela représente pour celles et ceux qui vivent ici. Elle a été l’une des rares personnes, en réalité la seule, à prendre le temps d’écouter ce que j’avais à dire et à comprendre ce qui se jouait réellement derrière la fermeture de la Poste. Elle et moi partageons la même conviction : lorsqu’un territoire perd progressivement ses services, ce sont toujours les habitants les plus fragiles qui en paient le prix. C’est cette vision commune qui m’a conduite à m’engager à ses côtés au sein de Mieux Vivre à Saumur. Je ne l’ai pas rejointe pour faire carrière en politique même si elle connaît mon engagement passé dans mon ancienne commune de Seine-Saint-Denis. Je me suis engagée parce que j’y retrouvais les valeurs qui avaient déjà guidé mon action : le vivre ensemble, la solidarité, l’attention portée aux plus fragiles, humain comme animal, et la volonté de défendre les communes déléguées et leurs habitants et de mon Bagneux. Lorsque Séverine Lecuyer m’a proposé de devenir maire déléguée de Bagneux dans son projet municipal, j’y ai vu la continuité naturelle du travail que nous menons depuis des mois sur le terrain. Pour elle, les maires délégués devaient être avant tout des personnes engagées dans leur commune, connues des habitants et investies dans leur quotidien, bien avant de s’engager en politique, et pour ma part un maire délégué doit être sur le terrain !

Aussi jeudi dernier, une réunion s’est tenue en présence du sous-préfet. Pour beaucoup d’habitants, elle a marqué le clap de fin de ce long combat. Une fin que nous redoutions depuis des mois et qui ressemblait davantage à l’accompagnement d’un deuil collectif qu’à une nouvelle étape du dossier. La Poste et Saumur Habitat nous avaient laissé un sursis de 18 mois, au final il n’a été que de 12 mois, un accord qui n’a donc pas été respecté. Je n’ai pas pu être présente ce jour-là parce que mon fils de 10 ans rencontrait un grave problème de santé et que ma place était auprès de lui. Lorsque je lui ai expliqué pourquoi je ne pouvais pas participer à cette réunion, il s’est mis à pleurer. Pas parce qu’il comprenait les enjeux administratifs ou politiques du dossier. Il pleurait parce qu’il avait le sentiment que tous ces mois passés à défendre la Poste de son quartier, tous ces samedis sur le marché de Saumur et tous ces dimanches sur celui de Bagneux s’effaçaient peu à peu de la mémoire collective.

Je suis affectée par les discours des uns et des autres, s’appropriant les mérites d’une action à laquelle ils n’ont participé que par une marche, pour se montrer. Affectée de voir les slogans que j’ai imaginé être utilisés par des récupérateurs. Affectée de voir mes enfants peinés. Affectée de lire que des partis politiques ne sont pas présents sur le terrain, Intelligemment vous aurez compris qu’avant toutes choses j’ai porté les couleurs de La Poste ; mais pas seulement pour moi, pour ma voisine de 92 ans qui ne peut pas conduire ni trop se déplacer, pour la maman d’un camarade de classe de mon fils, en fauteuil roulant, pour les personnes qui apprécient Romain, guichetier, avec qui on pouvait parler de longues minutes.

Avec Séverine Lecuyer, avec nos co-listiers et avec moi c’est Mieux Vivre À Saumur, jeune parti, qui fait la différence. Nous sommes le terrain, les actifs, les meneurs d’idées et d’actions.

C’est sans doute ce qui m’a décidée à écrire aujourd’hui, pour rétablir la vérité sur qui fait vraiment quoi. J’aurai dû être présente jeudi, mais je n’ai pas pu pour le bien-être de mon fils, il n’empêche qu’une poignée d’irréductibles a su faire tomber des envahisseurs à la politique d’économie. Je ne demande pas que l’on réécrive l’histoire. Je demande simplement qu’elle soit racontée entièrement ! Que l’on respecte les 20% de bagnolets qui se sont exprimés en ma faveur lors du premier tour des élections. La fermeture de la Poste de Bagneux ne commence pas avec les derniers articles publiés ni avec la réunion organisée en sous-préfecture. Elle est aussi l’histoire d’habitants qui se sont mobilisés pendant près d’un an parce qu’ils étaient convaincus que leur commune méritait d’être entendue.

Cette histoire mérite, elle aussi, d’être racontée.

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