
L’eau et les zones humides sont indispensables à la vie. Pourtant, de nombreuses menaces, exacerbées par le dérèglement climatique, pèsent sur ces écosystèmes essentiels. Conscient des enjeux sur son territoire, le Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine a souhaité dès 2023, inscrire « La Loire des confluences » au titre de la Convention de Ramsar, un traité international qui vise la préservation et la gestion durable des zones humides à l’échelle mondiale. Son but : « protéger le fleuve royal et ses affluents, sensibiliser les habitants et acteurs locaux à ses richesses et les engager dans l’utilisation rationnelle de la ressource en eau. » Le 26 février 2026, le site « Loire des confluences » a reçu le prestigieux label international Ramsar, reconnaissant le caractère exceptionnel de cet espace naturel fragile. Il rejoint la longue liste de sites remarquables comme le Delta du Danube, les chutes Victoria, l’estuaire de l’Amazone… et en France, le Mont-Saint-Michel, la Camargue, le Marais poitevin, la Brenne ou encore le golfe du Morbihan. « Cette inscription sur la liste des sites Ramsar constitue une nouvelle étape dans la dynamique de préservation et de valorisation du Val de Loire, en complément de sa reconnaissance UNESCO », souligne le PNR. Situé principalement au cœur du Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine, le site se positionne en aval de Tours jusqu’au sud d’Angers, aux Ponts-de-Cé et intègre en ses limites, les communes de Chinon et Montreuil-Bellay. Il se compose des trois plus grands affluents de la Loire : le Cher, l’Indre et la Vienne et leurs basses vallées, complétés du Thouet aval en Maine-et-Loire.

Qu’est-ce que la Convention Ramsar ?
Adoptée dans la ville iranienne de Ramsar en 1971, la Convention de Ramsar est l’unique traité international sur l’environnement qui se préoccupe d’un type d’écosystème en particulier : les zones humides littorales et continentales. Elle engage les États membres à la bonne conservation de ces espaces fragiles, à leur mise en valeur ainsi qu’à l’utilisation rationnelle de leurs ressources. L’objectif : élaborer et faire vivre un réseau international pour la biodiversité mondiale et engager les pays à préserver et gérer durablement leurs zones humides. En 2026, on dénombre 172 pays signataires, plus de 2 500 zones humides labellisées, plus de 258 millions ha de surface mondiale, 57 sites français et 8 sites en région Centre-Val de Loire et Pays de la Loire. « L’inscription de « La Loire des confluences » sur la liste des sites Ramsar permet une reconnaissance internationale de la valeur écologique du site et des services écosystémiques rendus. Elle engage les acteurs du territoire à renforcer leurs actions de protection en faveur de ces milieux uniques. Ramsar est un facteur déterminant pour disposer de moyens supplémentaires pour poursuivre et amplifier la mise en œuvre des politiques de préservation des habitats et de protection des espèces. C’est aussi un atout supplémentaire pour la notoriété et l’attractivité du territoire, pour soutenir et promouvoir les activités et pratiques contribuant à la préservation du patrimoine naturel, à la richesse et à l’identité territoriale, comme l’élevage extensif dans les vallées alluviales par exemple », commente le PNR Loire Anjou Touraine.
Pourquoi préserver les zones humides ?
« Ces écosystèmes sont parmi les plus menacés au monde. Artificialisation, assèchement, pollution, surexploitation des ressources… autant de facteurs qui entrainent leur disparition », souligne le Parc. Le rapport sur l’État mondial des zones humides, publié par Ramsar en 2015, estime que 64% des zones humides de la planète ont disparu depuis l’an 1900. En France, 60% de ces espaces ont disparu au cours du 20ème siècle. Pourtant, ces milieux extrêmement fragiles sont essentiels. « Véritables refuges de biodiversité, ils accueillent nombre d’espèces d’oiseaux, d’amphibiens, de champignons… Les zones humides rendent également de nombreux services dans la régulation de la ressource en eau, la prévention des crues et en matière d’atténuation des effets du changement climatique : rétention d’eau, puits de carbone, îlots de fraîcheur… », poursuit-il. À l’échelle du Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine, elles représentent près de 2,3% du territoire et constituent un habitat prioritaire en termes de conservation.

« La Loire des confluences », un site remarquable de vallées alluviales
La Loire est le plus long fleuve de France. Elle a marqué de son empreinte les paysages, l’histoire, la culture et la vie de ses habitants. Ses caractéristiques naturelles et anthropiques remarquables ont été affirmées par l’inscription du Val de Loire, entre Sully-sur-Loire et Chalonnes-sur-Loire, sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des paysages culturels, évolutifs et vivants. La Loire et ses affluents ont creusé les vallées et façonné les plateaux, offrant une mosaïque de milieux naturels, propices à une biodiversité exceptionnelle : boisements alluviaux, bocages, prairies humides, pelouses sèches, grands massifs boisés et landes… Occupé depuis la préhistoire, « La Loire des confluences » regorge d’un patrimoine bâti avéré. Au fil des siècles, la vallée de la Loire fait l’objet d’aménagements de protection contre les crues qui favorisent le développement du bocage, de l’élevage et de cultures spécialisées. La Renaissance fait place à de nombreux châteaux et favorise l’éclosion d’un nouvel art de vivre et d’un nouveau rapport à la nature. Au 13e siècle, la Loire devient zone d’échanges commerciaux où se développe une batellerie spécifique (toues, chalands). La fin du 19e siècle voit l’essor de la production du champignon de Paris dans les anciennes cavités d’extraction du tuffeau. Le territoire connait depuis le début du 20e siècle, l’expansion d’un tourisme culturel, complété par des activités de loisirs et de nature. « La Loire des confluences » constitue un ensemble d’une grande richesse biologique. Sa mosaïque d’habitats offre des milieux peu représentés dans l’Europe de l’Ouest : fleuves et rivières, bras secondaires et boires, plans d’eau, forêts alluviales… 34 types d’habitats remarquables y sont identifiés et 218 espèces y ont été inventoriées, toutes protégées au niveau national ou régional. Le site se situe sur un axe majeur de migration pour l’avifaune offrant halte et refuge pour de nombreuses espèces d’oiseaux, notamment des oiseaux d’eau avec plus de 49 000 individus recensés. Sternes pierregarin et naine, Petit gravelot, échassiers, hérons et aigrettes, Castor, Loutre… viennent s’y reproduire. D’autres y pêchent ou chassent : Balbuzard pêcheur, Martin-pêcheur, Milan noir, Couleuvre verte et jaune, tritons et salamandres… Pour les poissons amphihalins (saumon, lamproie, anguille…), elle constitue une zone de passage migratoire convoitée. Les prairies inondées et les boires représentent des zones de frai idéales pour le Brochet. Le coteau, truffé de cavités troglodytiques et de souterrains profonds, constitue un lieu d’hibernation et de reproduction important pour les chauves-souris. Le site fournit également de nombreux services écosystémiques. Par ses eaux de surface, ses nappes alluviales et ses aquifères, il représente une ressource indispensable : eau potable, irrigation, refroidissement de la centrale nucléaire de Chinon… Les prairies humides et annexes hydrauliques amortissent les crues, stockent et épurent les eaux. Pêche, chasse, batellerie, sorties naturalistes… y sont également possibles.
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