La chronique de Gino Blandin. Ils, elles sont passé(e)s par Saumur : Madeleine Gautron « La créatrice du Guignolet »

Cette rubrique bimensuelle, orchestrée par Gino Blandin, auteur saumurois et ancien président de la Société des Lettres de Saumur, se propose de brosser le portrait des personnalités qui, au fil du temps, sont venues à Saumur au cours de leur existence. Aujourd’hui, Madeleine Gautron « La créatrice du Guignolet » (1610-1676).
Madeleine Gautron Prieure du monastère de la Fidélité de Saumur (Cliché Archives diocésaines d’Angers)

Madeleine Gautron voit le jour dans la Sarthe, au lieu-dit Marsillé, à quelques lieues du Lude, le 11 novembre 1610. Ses parents, René Gautron et Jeanne Frogueil, sont de riches propriétaires qui disposent de revenus confortables. Ils songent à offrir un beau mariage à leur fille, mais, après leurs décès, celle-ci opte pour la vie religieuse. Elle entre au noviciat du prieuré des Bénédictines de la Fidélité à Trèves. Ce prieuré a été fondé quatre ans auparavant, en 1619, par Pierre II de Laval, baron de Trêves, un conseiller d’Henri IV, et son épouse Isabeau de Rochechouart. Ils l’ont créé et financé pour garder près d’eux leur fille Catherine, religieuse professe de Sainte-Croix-de-Poitiers. Dans le contrat de création, il a été stipulé que Catherine serait la supérieure du nouveau monastère.

Après à peine trois ans d’existence, les religieuses sont contraintes de déménager car leur maison, le logis d’Argentière, est trop souvent exposé aux inondations de la Loire. Les Bénédictines vont donc chercher asile à Saumur. Elles s’installent à flanc de coteau dans l’enceinte du Boile, les remparts médiévaux de la cité. Le fait de se retrouver en ville pose de multiples inconvénients relatifs à la clôture. Le couvent de la Fidélité voit alors sa réputation ternie. C’est dans ce contexte qu’en 1630 Madeleine Gautron, prend l’habit.

Le couvent de la Fidélité connaît alors un nouveau malheur : la peste. De nombreuses religieuses retournent à la vie laïque, comme le permettait l’Eglise en pareille occasion, tandis que d’autres viennent se réfugier à Trêves. Le péril dure 3 semaines et il est suivi d’une famine qui sévira durant 3 ans. La prieure de la Fidélité d’alors décide de quitter l’établissement, laissant la place vacante. A 23 ans, Madeleine Gautron est élue supérieure par ses collègues à l’unanimité. Elle le restera pendant 42 ans. Le couvent est dans un état déplorable. La religieuse ne s’avoue pas vaincue pour autant. Aussitôt, elle s’emploie à imposer les règles strictes de la congrégation. Elle instaure une clôture rigoureuse, faisant installer des châssis de toiles dans les parloirs pour éviter tout contact entre les religieuses et les visiteurs. De plus, Madeleine Gautron entretient des relations suivies avec Port-Royal.. La tâche de supérieure est ardue et, en 1644, elle offre sa démission. Ses sœurs la supplient de n’en rien faire ce qui raffermit son autorité. Le prieuré de la Fidélité est constamment pauvre, car les postulantes y sont acceptées sans dot.

Lors de l’épisode de la Fronde, durant trois mois, les rebelles « du parti des princes » qui occupaient le château de Saumur s’opposent aux fidèles du « parti royal » qui occupent la ville. Le monastère de la Fidélité – comme le collège des Oratoriens – situé entre les deux belligérants reçoit quelques boulets de canon. Le couvent est détruit, la communauté trouve alors refuge à l’abbaye de Fontevraud où Madeleine Gautron est accueillie par l’abbesse Jeanne-Baptiste de Bourbon. C’est certainement sur recommandation de cette dernière qu’elle rencontre en 1652 Anne d’Autriche, la régente, lors du passage du futur Louis XIV.

De retour à Saumur, la communauté achète plusieurs maisons dont une ancienne hôtellerie à l’enseigne Notre-Dame-de-Lorette, située dans l’actuelle rue Saint-Nicolas. On construit un couvent avec église et dortoir dont il ne reste quasiment rien de nos jours. Seule une rue rappelle son nom. Madeleine Gautron meurt le 29 janvier 1676 à l’âge de 66 ans, en odeur de sainteté comme il se doit. Mais, ce qui fera à jamais sa réputation c’est qu’elle est la créatrice du Guignolet d’Anjou, une liqueur élaborée à partir d’une variété de cerises appelée les guignes. Elle est obtenue par macération des fruits dans de l’eau de vie additionnée de sucre. Elle titre généralement entre 16 et 18 °. Les historiens s’accordent à dater l’invention du guignolet en 1632. La sœur Gautron n’avait alors que 22 ans. Il faut préciser que les liqueurs de ce type étaient alors considérées comme des médicaments. Sur l’étiquette des bouteilles de Guignolet d’Anjou de la maison Combier, il est rendu un petit hommage à Madeleine Gautron.

Bibliographie :
– CHAMARD François, Les vies de Saints Personnages de l’Anjou, volume 3, Paris et Angers, 1863
– PASSAVANT Jean, professeur de théologie, oratorien, La Vie de la Révérende Mère Madelaine Gautron, Prieure du Monastère de la Fidélité de Saumur, ordre de Saint-Benoist, morte en odeur de Sainteté, après 42 ans de Supériorité, dédiée à Madame la Marquise de Laval, chez François Ernou, Saumur, 1689

 

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