La chronique de Gino Blandin. Ils, elles sont passé(e)s par Saumur : Pierre Goubert « Le père de l’Histoire sociale »

Cette rubrique bimensuelle, orchestrée par Gino Blandin, auteur saumurois et ancien président de la Société des Lettres de Saumur, se propose de brosser le portrait des personnalités qui, au fil du temps, sont venues à Saumur au cours de leur existence. Aujourd’hui, Pierre Goubert « Le père de l’Histoire sociale » (1915-2012)

Pierre Goubert naît le 25 janvier 1915 à Saumur. Sa mère tient une épicerie dans la Grand’Rue. Il fréquente l’école primaire publique des Récollets dans le quartier de Nantilly. C’est un bon élève, il passe son certificat d’études à douze ans mais ses parents n’envisagent pour lui qu’un métier manuel. Le directeur de l’école, monsieur Jules Duperray, intervient auprès d’eux pour le laisser continuer ses études.

Pierre Goubert intègre l’Ecole normale d’instituteurs d’Angers en 1931. Rapidement, il se passionne pour la littérature mais, n’ayant pas reçu la formation nécessaire en latin et en grec, l’étude des lettres lui est interdite ; il s’oriente donc vers l’Histoire et la Géographie. Quatre ans plus tard, il entre à l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud où il fait une rencontre décisive, celle de Marc Bloch, l’un des fondateurs de l’Ecole des Annales. En 1948, Goubert réussit l’agrégation d’histoire.

Membre du CNRS en 1951, il obtient une direction d’études à l’Ecole pratique des Hautes Etudes puis une chaire d’histoire moderne à l’Université de Rennes. En 1958, il soutient sa thèse intitulée Beauvais et le Beauvaisis de 1600 à 1730. Ce travail est aussitôt remarqué, il marque un tournant dans l’historiographie, il ouvre le chemin des recherches de démographie historique inscrites dans un cadre régional. Elève de Marc Bloch, Goubert s’engage dans le courant de l’Histoire sociale qui va devenir le principal courant de la recherche historique au milieu du XXe siècle. Ce courant a pour ambition de dépasser le précédent, celui des méthodistes, qui a participé à la fondation du roman national. Au contraire de ce dernier qui fait la part belle à l’histoire des « grands hommes » et des « grands événements », l’Histoire sociale propose de faire l’histoire des mouvements sociaux notamment.

L’innovation de Pierre Goubert, avec Ernest Labrousse, réside dans l’utilisation des données statistiques. Les méthodistes considéraient que l’Histoire se faisait à partir de documents écrits. Il résultait de ce fait que les grands hommes étaient favorisés au détriment des plus humbles. Goubert et Labrousse utilisent de grandes masses de données, tirées des archives et des registres paroissiaux, et en extraient des statistiques. Cette technique permet de faire apparaître de grands courants sociaux et démographiques. Le peuple apparaît enfin dans l’Histoire de France.

Nommé à la Sorbonne en 1960, Pierre Goubert est invité par toutes les grandes universités en France et à l’étranger. Il publie alors de nombreux ouvrages dont certains deviendront de véritables « best-sellers », le plus célèbre étant son Louis XIV et vingt millions de Français. Le titre du livre lui-même est une profession de foi de la vision de l’Histoire de Goubert : Louis XIV a caché (avec le roman national) vingt millions de Français, il faut leur redonner leur place dans l’Histoire. L’Ancien Régime, tome I (1969) et tome II (1973) est resté longtemps le livre de chevet de tous les étudiants en histoire moderne.

Appartenant à l’Ecole des Annales, Goubert fait partie des grands noms de la Nouvelle Histoire comme Fernand Braudel, Georges Duby, Pierre Chaunu, Emmanuel Le Roy Ladurie. Aujourd’hui, il est reconnu comme l’un des fondateurs de la démographie historique et de l’histoire rurale moderne, un historien des sociétés et des mentalités de l’Ancien Régime. Il a toujours placé l’homme au premier plan, c’est là l’héritage du milieu au sein duquel il a vécu, un milieu de gens modestes, d’artisans, de commerçants et d’ouvriers.

Pierre Goubert prend sa retraite et quitte la Sorbonne en 1978. Il continue d’écrire. Il publie son autobiographie Un parcours d’Historien en 1995. Agé de 96 ans, il s’éteint à Issy-les-Moulineaux dans les Hauts-de-Seine, le 16 janvier 2012.

Bibliographie :
– GOUBERT Pierre, Un parcours d’historien. Souvenirs, 1915-1995, Paris, Fayard, 1996
– BLANDIN Antoine, Hommage à Pierre Goubert, in Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts du Saumurois, n° 165, Saumur, 2016

 

 

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