Au XIXe siècle, la sculpture est un art majeur. Dans le centre des grandes agglomérations, on ne sait pas construire un immeuble sans en décorer la façade de cariatides, de bas-reliefs, de moulures raffinées… Tout personnage important, à sa disparition, se voit récompensé d’un buste, voire d’une statue en pied au centre d’une place qui portera désormais son nom. Au siècle suivant, le mouvement se poursuit jusqu’à une sorte d’apothéose : la campagne des monuments aux morts dont se dotent toutes les communes françaises. Ensuite, il semble s’étouffer pour quasiment s’éteindre. On délaisse la sculpture. Il en restera des œuvres dont on a oublié le nom de l’artiste qui les a conçues.

René Grégoire et un de ceux-là. A Saumur, on l’a oublié. Il est vrai qu’il a joué de malchance : sa grande statue de Delessert qui avait été érigée sur la place de l’Arche dorée a été détruite par les Allemands.
Il naît à Saumur le 4 juin 1871. Ses parents habitent le quartier d’Entre les ponts, rue Basse-Ile. Le père est employé des chemins de fers à la Compagnie d’Orléans. Etonnamment, pour un fils de cheminot, il se lance dans les études artistiques. Après sa scolarité à Saumur, il entre à l’Ecole des Beaux-Arts d’Angers. Il est particulièrement doué au point de décrocher, à l’âge de 28 ans, le premier grand prix de Rome de gravure de médaille et pierre fine ! Durant son séjour à la villa Médicis, il rencontre de nombreux artistes français. De retour à Paris, le 1er avril 1909, René Grégoire épouse mademoiselle Ida La Rosa.
Il présente ses œuvres aux salons où il décroche des récompenses diverses. En 1922, il est nommé professeur de l’Ecole supérieures des arts décoratifs et il devient également membre du jury du Salon des Beaux-Arts ainsi que de celui du concours de Rome. A la même époque, il rencontre Jules Desbois avec lequel il collabore à la création du monument aux morts d’Angers. Il leur faut trois ans et demi de travail pour le terminer. Il est signé de leurs deux noms. A l’origine, il se trouvait à l’entrée du jardin du Mail, mais il a été déplacé devant le Palais de Justice. Il se compose de trois personnages : une paysanne angevine qui tient dans ses bras son fils soldat mort au combat sous le regard d’une Victoire flottant dans les airs.
Grégoire est décoré de la Légion d’honneur en 1924. Deux de ses œuvres se trouvent dans les jardins du château de Versailles : un Bacchus appuyé sur un tronc d’arbre et tenant une grappe de raisin à la main, statue de marbre réalisée en collaboration avec Louis-Aimé Lejeune (1926) et un Hercule tenant sa massue et les pommes des Hespérides, statue en marbre d’après l’antique (1926). Mais sa grande œuvre est sa statue monumentale en bronze de Benjamin Delessert. Elle est érigée en 1934 à l’initiative de la Caisse d’Epargne de Saumur dont Delessert était le fondateur et placée sur la place de l’Arche dorée. Elle est fondue par les Allemands durant la seconde Guerre mondiale. L’histoire ne nous dit pas si le malheureux sculpteur a été averti de la destruction de son œuvre.
René Grégoire se voit souvent confier la réalisation de médailles. On lui demande également de dessiner des timbres français. Il est l’auteur de bas-reliefs qui se trouvent aux musées d’Orsay et Carnavalet à Paris et dans les réserves du Château de Saumur. Ces derniers n’ont pas été présentés au public depuis des lustres. René Grégoire s’éteint à Paris dans le 18e arrondissement le 14 avril 1945, quelques jours avant l’Armistice. Il était âgé de 73 ans.
Bibliographie :
– MASSON Fabrice, Dictionnaire des peintres et des sculpteurs de l’Anjou, Geste Editions, La Crèche, 2014
– BENEZIT Emmanuel, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Tome 5, p. 190, 1976.
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