Le billet de (mauvaise) humeur de l’auteur Pierre Creet : « Je ne vais plus aux enterrements : c’est mortel ! »

L’auteur saumuro-tourangeau Pierre Creet adresse un nouveau billet d’humeur aux lecteurs du Kiosque.

C’est décidé, je ne vais plus aux enterrements : c’est mortel !

La famille éplorée (plus ou moins…) ! Ceux qui ne viennent que pour voir du monde ! Ceux qui viennent pour se faire voir ! Ceux qui espèrent… sait-on jamais… une reconnaissance quelconque… un don ! Les mines réellement déconfites, affligées ! Les tronches maquillées à la tristesse infinie ! Tout ce cérémonial ! Les condoléances ! La musique nullarde crachouillée par une sono tant suraiguë que défaillante ! La pièce glacée : on se les caille ! Le religieux, ou pas ! Le bedeau de service qui prend la parole avec un micro sifflant au-delà du seuil supportable, mais se perd dans ses notes ! Le gars de la salle qui tente de réorganiser l’ensemble dans le calme ! La famille qui a délégué (lâchement) la gauche petite nièce pourrie d’acné pour lire le discours commun qui, fatalement, se perd dans tous les sens, saute des lignes, revient, rétrograde pour, au comble de la gêne, conclure au plus vite, perdue tant que rouge la pauvre ! Et, plus que tout sûrement, cette idée de la mort qui plane au-dessus de nous dans cette pièce sans âme, terminus qui pourrait bien nous tomber sur le coin de la figure… 

Bref, on serait bien pressé de se tirer d’là ! C’est mortel comme ambiance ! 

Et puis, on ne connaît pas toujours bien le(a) partant(e)… hum… ce pouvait être un(e) ivrogne invétéré(e) ? un(e) voleur(euse) ? une brute ? un(e) menteur(euse) ? un(e) violeur(euse) ? un(e) cannibale ? un(e) politicien(ne) ? un(e) assureur ou même un(e) banquier(e) ? Alors, hein, allez mettre en bière une engeance de la sorte, autant aller se taper un bock au café des sports à côté, n’est-ce pas !

Et encore, ne nous cachons pas que beaucoup s’y rendent poussés par la seule peur… peur de leur mort à venir, car elle viendra, voilà une certitude, et alors … en ce jour noir d’abandon définitif : « Y aura-t-il du monde à MON dernier départ ? » Bon Dieu, la voici la voilà la bonne question… « Pas être tout seul comme un con ! ». Alors faire un petit effort pour les autres, hum… de son vivant pour ceux qui partent… hum… c’est bien là le minimum… hum… pour soi, plus tard… Tout ça alors que, si on y réfléchit une seconde : Les morts s’en foutent, bien rangés dans leurs quatre planches, qu’il y ait du monde ou pas !

Définitivement : les enterrements ? J’y vais plus ! À mort !

C’est pour ça que j’vais plus aux enterrements.

Ne croyez pas… je n’y vais plus, certes, mais ce n’est pas pour ça que je n’ai pas une pensée pour le(a) défunt(e), non, je suis un humain quand même. À la place, à l’heure de la funeste cérémonie, là où je suis, je me rends me recueillir quelques instants – plus ou moins selon mes rapports avec la personne, c’est là une évidence biblique – dans un lieu de culte, endroit traditionnellement calme et propice à la méditation et réflexion, de n’importe quelle obédience. Par chez nous c’est (encore) majoritairement des églises, et alors je me fends d’un euro pour un cierge que je regarde éclairer le monde quelques instants, le temps de mon recueillement. Voilà ! je trouve que c’est mieux et autant respectueux que d’aller l’accompagner dans sa dernière demeure comme on dit.

Par contre… J’irais volontiers, et sans me faire prier une seule seconde, aux baptêmes ! Ça c’est gai et sympa et porteur d’avenir ! Que voilà là des cérémonies joyeuses ! Je m’y rendrais donc pour célébrer cette nouvelle vie et ses espoirs et… bien sûr, tout comme vous bande de petit(e)s gourmand(e)s, pour m’empiffrer de ces belles et bonnes dragées ! Aux amandes, j’adore ! Au chocolat, Ouh là là ! légère déviance gourmande, je vous l’accorde, mais bon ! Malheureusement on ne m’invite que trop rarement à ces familiales joyeusetés… de moins en moins célébrées… Dommage. Mille fois dommage ! Regrets éternels (suis-je drôle d’à propos !).

PS : Pour être un peu sérieux, et puisque l’on est sur le sujet, je vous propose cette courte réflexion sociétale : je suis désolé pour les professionnels de la chose mortuaire mais, à la réflexion projetée dans l’avenir, je pense que, dans les dizaines d’années qui viennent, les enterrements actuels n’auront plus cours, au profit d’un circuit plus court, direct à la crémation.

Infos pratiques : Notons que Pierre Creet sera présent aux Journées Nationales du Livre et du Vin, au théâtre de Saumur les samedi 11 et dimanche 12 avril 2026, pour fêter les 20 ans de son imparable suspense psychologique La grenouille jaune.

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