Bon an, mal an, il existerait 44 monarchies dans le monde, dont 15 pour le seul roi d’Angleterre, altesse honorée du Canada, d’Australie, de Nouvelle-Zélande, des Bahamas, de Jamaïque, d’Antigua-et-Barbuda, du Belize, de la Grenade, de Papouasie-Nouvelle-Guinée, de Saint-Christophe-et-Niévès, de Saint-Vincent-et-les-Grenadines… Charles III aime le pouvoir, le jardinage, la botanique et suffisamment l’humour pour pâlir l’extase de puissants jaloux, sans couronnes. Être roi, tsar ou empereur, n’est pas donné à tout le monde. Depuis Salomon, le sage et richissime souverain de l’ancien royaume d’Israël, en générosité avec ses 700 épouses et 300 concubines, l’Histoire et la littérature ont forgé les récits fabuleux des bons, des brutes et des abracadabrants. Des versions théâtralisées du Roi Lear de Shakespeare ou d’Ubu de Jarry, les « games of thrones » se sont souvent joués dans le réel d’extravagants et cruels destins. Célèbres barbares, venus d’ailleurs, les Caligula, Attila, Ivan le Terrible n’ont rien à envier à notre « fou », Charles VI, ou à notre « laid, cruel, bigot et lâche », Louis XI, soupçonné d’avoir tué son père et de boire du sang de bébé pour assurer sa bonne santé. Pour durer, il faut sévir ou séduire, à défaut d’être le légataire propre et particulier, le rejeton, le 67ᵉ fils d’une dynastie, comme l’est le bon Mswati III, roi d’Eswatini. Fortuné, polygame et dernier monarque absolu d’Afrique, il a muselé la presse, nomme ses députés, les juges, les hauts fonctionnaires, interdit le divorce, la mini-jupe, mais impose chaque année aux jeunes filles de son royaume de défiler seins nus et court vêtues, un roseau à la main. Une noble revue d’effectif pour vérifier leur virginité avant d’être élues et d’accéder au harem du diabolique et adipeux pacha. Loin des yeux, loin du cœur, le droit des femmes ne régresse pas. Il n’existe pas.
Jonas Iᵉʳ berne la Suisse
Sombre tableau qui nous ferait oublier qu’il existe pourtant de confidentielles et joyeuses monarchies. Des micro-nations dirigées par des souverains, des cryptarques originaux, autoproclamés Ainsi Antoine de Tournens, fils de cultivateurs de Dordogne, avoué et aventurier, déclara-t-il, par ordonnance, en 1860, la fondation du royaume d’Araucanie et de Patagonie. Il devint Orllie-Antoine Iᵉʳ, fut arrêté, jugé fou et expulsé par les autorités chiliennes. On peut rêver, mais garder les pieds sur terre comme semble l’avoir compris le dernier-né des monarques, tout près de chez nous, en Suisse. Où, en effet, un certain Jonas Lauwiner vient de planter les jalons d’un nouvel empire, édifié sur des terres conquises astucieusement, sans combattre. 17 hectares offerts par une faille dans une loi oubliée permettant de revendiquer du foncier sans propriétaires identifiés. Pour quelques francs de frais administratifs, l’affaire était entendue et, en 2019, en l’église Nydegg de Berne, le clergé local validait le sacre du jeune (31 ans) Jonas 1ᵉʳ, drapé dans un costume royal et auréolé d’une couronne en or de 18 carats. Chaque jour, plus de 5 000 personnes traversent sa propriété et usent ses routes. Il parle de faire payer, une simple contribution. Il irrite les usagers et, bien entendu, les autorités. « Un pour tous, tous pour un » est la devise de la Suisse, le symbole de l’unité et de la cohésion de ses 26 cantons, pacifiés et réunis dans la confédération depuis 1848. Puisse l’intrus autoproclamé gagner beaucoup d’argent pour alimenter grassement son compte plutôt qu’un vilain contentieux.
Georges Chabrier
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