L’édito du Kiosque. GAFAM/BATX : La guerre des gangs

Le blocus du détroit d’Ormuz perturbe le commerce mondial. Les gardiens de la révolution islamique menacent désormais de couper les câbles sous-marins dans lesquels transitent 95 % des données planétaires. Les Russes ont déjà pratiqué, les Chinois s’entraînent. Les géants de la Tech sont à l’affût.
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Le Tanguy de Michel Del Castillo aimait la vie et les êtres dans un monde unifié par l’amour, épargné par la haine. « Dans une guerre, il n’y a ni vainqueurs, ni vaincus : il n’y a que des victimes », avançait l’utopiste lucide, conforté par l’histoire sanglante de notre humanité. Entre invasions barbares, croisades, colonisations ou campagnes d’anéantissement, le sang des sacrifiés n’a jamais rassasié le vampirisme, l’avidité des furieux conquérants. De conventionnelles, nos guerres sont devenues hybrides ou asymétriques, comme en Ukraine ou en Iran où se confondent les actions militaires, cybernétiques, la désinformation, les manipulations et chantages diplomatiques et économiques. Dans ce cynique fusionnement, les présumées puissances mordent parfois la poussière, bousculées dans leurs certitudes par l’inventivité, la finasserie, les stratagèmes, la bravoure ou la cruauté de ceux qui auraient dû succomber aux premiers assauts. Les Ukrainiens tiennent courageusement et efficacement tête à Poutine et la mosaïque barbare du régime iranien fait tourner en bourrique l’icône de la paix, Donald Trump, commandant en chef de la plus puissante armée du monde. Celui qui aurait « gagné très rapidement au Vietnam » tourne en rond dans son bureau ovale, à la recherche d’une issue de secours pour échapper au naufrage. Les bombardiers, les F-35, les Soukhoï, les sous-marins et autres porte-avions font masse, écrasent et tuent, mais n’impressionnent plus suffisamment pour brider l’imagination, la résistance et la résilience des agressés. Quelles que soient leurs motivations pour se défendre d’attaques injustifiées ou, parfois, motivées par leurs propres comportements belliqueux ? C’est le cas pour le camp des mollahs, des gardiens de la révolution islamique et de leurs proxys d’Irak, du Liban, de Syrie ou du Yémen, monstrueux artisans de l’horreur, contre leur peuple, leurs voisins, l’Occident ! Saoulés de coups, décapités, ils survivent et prospèrent dans la faiblesse de la force obnubilée par la force. Ils inventent, détournent et déplacent la confrontation pour créer les conditions d’un chaos étendu, généralisé, pour gangrener une situation échappant aux règles de la toute-puissance et de ses stratèges formatés.

La vie sans Internet

La mainmise sur le détroit d’Ormuz est un fait d’armes accompli, collatéral, dont les effets économiques menacent la planète entière, ébranlent l’arrogance du président MAGA. Un malheur ne venant jamais seul, les Pasdaran iraniens menacent désormais de couper les câbles sous-marins, de plonger le Moyen-Orient dans le silence et l’obscurité. Une deuxième arme fatale, « la bombe atomique » des pauvres à laquelle se sont déjà essayés les Russes, bien entendu, mais aussi et discrètement les Chinois. En cours d’expérimentation, leur nouveau navire Haiyang Dizhi 2 dispose d’une technologie susceptible de sectionner ces fameux câbles à 3 500 m de profondeur. 95 % des données numériques de la planète empruntent ces voies offertes aux appétits des grands prédateurs. De quoi inquiéter les États en quête d’alternatives avant le grand bug, la fin d’Internet. La ruine et le désordre de nos sociétés connectées. Plus de travail en ligne, de plateformes, d’information, de trains, d’avions, de bourses, d’échanges, de services bancaires, de démarches administratives, de productions industrielles, de courriels… Le retour à la préhistoire. Il y a quarante ans. Le danger est réel et l’opportunité bien grande pour certains, en veille et à l’affût pour accroître et affermir leur hégémonie. Ils salivent, se lèchent les babines, les molosses des GAFAM, les Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft, nous sauveront du désordre pour mieux nous croquer, nous soumettre. Si eux aussi gagnent leur guerre contre les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) de l’Empire du Milieu Les Jets et les Sharks ont disparu, mais la guerre des gangs continue.

Georges Chabrier

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