À tchao, bonsoir ! C’en est fini des Guignols de l’info. Nous sommes en mai 2018, Chirac, PPDA et Johnny tirent leur révérence, poussés vers la sortie sur décision du boss, Vincent Bolloré. « Ah que (coucou) », c’est triste, les impertinentes marionnettes s’abîment dans l’épais silence des cartons de l’oubli. Une page se tourne, une dernière dédiée à la liberté de ton, l’impertinence d’un humour malaisant désormais sous surveillance, filtré, voire interdit. Déjà, l’emblématique « Petit Journal » de Yann Barthès avait baissé pavillon, l’animateur ayant trouvé asile pour s’émanciper au « Quotidien » de TMC. Un des derniers refuges de l’ironie, du sarcasme et de la satire où Jean de La Fontaine pourrait encore égrener ses délicieuses Fables, sans risquer le bâillon. Avec Vincent Bolloré, la récréation est terminée. À Canal +, comme ailleurs, la voie se trace, sans scrupule et sans pudeur pour ceux qui pensent et s’expriment différemment. Ils dérangent, on les garrotte. Quelle mouche a donc piqué le monde du cinéma mobilisé dans une tribune dénonçant l’emprise du milliardaire sur le milieu ? Son sang n’a fait qu’un tour et par la voix de son PDG, Maxime Saada, il a annoncé boycotter les quelque 600 acteurs et professionnels signataires. Ils ont osé manifester une inquiétude collective face à la force de frappe grandissante de celui dont on connaît l’engagement à servir et promouvoir l’extrême droite. Ils seront châtiés, comme Olivier Nora après 26 ans passés à la tête de chez Grasset. CNews, Europe 1, le Journal du dimanche (JDD), Géo, Femme actuelle, Gala, Capital, Voici, Larousse, Fayard, Calmann-Lévy, Le Livre de poche, l’Olympia, composent, entre autres, la galaxie du boulimique breton. Certains s’en réjouissent et s’enrichissent d’une nouvelle notoriété portée par la promotion omnipotente de leur dernier ouvrage. Dans toutes les gares, toutes les boutiques Relay, Ciotty, De Villiers et Bardella sont en tête de gondole, pour nous rassurer.
Quand t’es dans le désert !
La France est bien gardée et, bientôt, sous contrôle si nos députés n’adoptent pas rapidement la nouvelle proposition de loi contre la concentration des médias et « ses conséquences délétères sur le pluralisme, la liberté de communication et l’accès à l’information ». Faudrait-il encore qu’ils jugent le sujet suffisamment préoccupant pour participer activement aux débats ? À n’en pas douter, d’aucuns, sous emprise idéologique du grand gourou, seront prompts à garnir les travées à la droite extrême de l’hémicycle. Les monopoles étant au libre marché ce que les dictatures sont à la politique, la vigilance est de rigueur, l’urgence absolue. Cette situation rappelle l’énigmatique intelligence artificielle, dans une ère nouvelle et révolutionnaire annonçant les pires prophéties en matière d’obsolescence humaine. Le colossal défi de demain, comme l’annoncent soucieusement tous nos éminents élus. En mai dernier, Arthur Mensch, cofondateur et directeur général de l’entreprise Mistral, était à l’Assemblée nationale pour être auditionné par la commission d’enquête sur les vulnérabilités numériques. Le génie français de l’intelligence artificielle générative européenne a prêché dans un désert confondant, déconcertant. Les gouailleurs étaient ailleurs, les bancs dépeuplés. Pendant ce temps-là, nos géants du numérique, les Apple, Google, Facebook, Amazon, et Microsoft dansaient sur les profits de notre déficience, sur des milliards de dollars, de monnaies digitales, d’abonnés, de clients et de cerveaux. Toujours plus riches, ils s’imposent en puissance alternative à la souveraineté même des États. Leur vérité sera bientôt la nôtre pour peu qu’ils régissent les règles et la pensée de communautés sous dépendance. Alors, le monopole sera un véritable dogme.
Georges Chabrier
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