À l’heure où menace une nouvelle crise du pétrole, à l’heure où les gilets jaunes annoncent leur retour, à l’heure où les « Gauches » se chicanent le piètre héritage des élections municipales, le pays a rendu hommage à Lionel Jospin. À l’emblématique premier secrétaire du Parti socialiste, grand architecte de la « gauche plurielle » et de réformes marquantes, ancrées au patrimoine social de la nation. Même contestées, les « 35 heures » n’ont jamais été vraiment remises en cause, pas plus, pour l’instant, que la couverture maladie universelle (CMU), l’aide médicale d’État (AME) et bien entendu le pacte civil de solidarité (Pacs). Si ses fameux « emplois jeunes » ont disparu, demeurent les obligations pour les communes de posséder 20 % de logements sociaux et, surtout, de respecter la parité hommes-femmes, dans les élections. Tant d’innovations, auxquelles il convient d’ajouter l’idée d’une écotaxe, accomplies, il est vrai, en un temps d’argent facile, de croissance avantageuse autour d’un baril de pétrole à 10 $. Un autre temps, dirions-nous, de prospérité pour les citoyens, du débat politique soumis lui aussi aux turbulences d’une dissolution prononcée par Jacques Chirac. La cohabitation était en marche avec un Premier ministre de grande rigueur, d’exigence intellectuelle, un « homme de convictions laïques et sociales ».
L’ère du vote utile
Une autre idée de la gouvernance encadrée par l’étoffe prééminente de personnalités politiques coalisées autour d’un programme partagé. Et pas des moindres, des Chevènement, Taubira, Aubry, Strauss-Kahn, Védrine, Guigou, Voynet, Buffet, Royal, Kouchner ou Moscovici, voire un certain ministre délégué à l’enseignement professionnel, un certain Mélenchon. Du beau monde et tant d’espoirs brisés le 21 avril 2002 par le résultat brutal d’une symphonie inachevée, fatale. Au terme d’une campagne présidentielle torchonnée, Jospin, battu par Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, quittait dignement la scène, ouvrant le premier acte d’une longue série de « vote utile ». Ce fameux barrage républicain dont bénéficia largement Emmanuel Macron lors des scrutins de 2017 et 2022, dont, à priori, nul ne profitera plus tant les lignes ont bougé dans la porosité des frontières. Le court-termisme des idées simples sape les fondations de nobles ambitions en nivelant, par le bas, le discours ou les agissements de ceux ayant en charge l’avenir du pays. Lionel Jospin était un homme d’État, un politicien spéculant sur la prochaine génération, non sur la prochaine élection. À l’heure où la France cherche un guide, elle rend unanimement hommage à l’éthique rare de celui qui aurait certainement fait un bon président.
Georges Chabrier
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