L’Edito du Kiosque : Le Messie et le serpent

L’hubris de Trump l’oblige à d’hasardeuses postures. Même la tragédie iranienne sert de manière obscène son grand projet messianique.
©AFP

La Russie est le plus grand pays du monde. Et de très loin. En rivalité, avec leur 1,4 milliard d’habitants, l’Inde et la Chine, quant à elles, sont les nations les plus peuplées de la terre. La première en tendance haussière, à l’inverse de la seconde confrontée à une crise démographique majeure. Et nos Américains dans tout ça ? Ils ne sont ni l’un ni l’autre, manquent de kilomètres carrés et d’âmes pour devenir l’empire des empires, les plus forts, les plus redoutables et les plus « meurtriers » selon les dires de leur sémillant secrétaire au département de la Guerre, Pete Hegseth. L’Amérique est grande, mais pas suffisamment pour rassasier l’appétit sauvage de la meute illibérale en charge de son expansionnisme. Il lui faut donc supplanter tous ces rivaux. Elle s’y essaie, dans l’effervescence d’ambitions débridées, mitonnées sous la casquette MAGA de leur boulimique VRP, assoiffé de résultats et de gloire. Alors tout est permis pour recenser de nouveaux êtres et des hectares, faire du business et écraser la concurrence. Dans le viseur du sniper yankee, le Venezuela, bien sûr, et toutes les composantes de l’Amérique latine non alignées, particulièrement Cuba, la Colombie ou le Nicaragua.

Les assassins du dieu Khamenei

Pour l’heure, Marie-Galante, les Saintes, la Désirade, la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane ne figurent pas dans la ligne de mire du chasseur en approche de gros gibiers, tels le Canada et notre Groenland européen. A trop faire le malin, Trump pourrait toutefois tomber dans l’abîme d’un désastre imprévu par son outrancière audace. Inspiré par un orgueil démesuré, il promet à hue et à dia, la guerre comme la paix, il s’oblige, comme en Iran, dans des serments confus et hasardeux. Les corps s’entassent dans les morgues de Téhéran. Allez jeunesse, offrez vos vies aux séides assassins de Dieu, l’oncle Sam est en route, en armes, il va vous sauver. La tragédie incommensurable infligée par l’ayatollah Ali Khamenei à la jeunesse de son pays a servi de manière obscène l’hubris du bonimenteur dont le récit avait convaincu, bon an, mal an, tous les scepticismes. Les défiances des gens avertis comme celles, bien opportunes, des attentistes emmitouflés dans le confort de leur tiédeur, leur apathie. L’ONU, l’Europe, la France, choquées, appellent le Guide suprême « à plus de retenue ». Du lointain, elles s’agenouillent et prient pour un miracle qui pourrait changer la peau et, surtout, la nature du serpent.

Georges Chabrier

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