L’édito du Kiosque : l’ONU sous perfusion

Créée en 1945, l’Organisation des Nations Unies traverse une crise sans précédent. Impotente et désargentée, elle subit le diktat des puissantes nations contributrices, à la fois membres du Conseil et belligérantes de conflits. Le mirifique « Conseil de la paix » imaginé par Trump, pourrait bien sonner l’hallali d’une gouvernance mondiale neutre et impartiale.  
©AFP

Le 29 janvier dernier disparaissait le général Philippe Morillon. En retraite à Saumur, cet officier général de l’armée française avait commandé la Force de protection des Nations unies (Forpronu) en Bosnie, de septembre 1992 à juillet 1993. Un conflit sanglant qui avait scellé la partition du pays des Balkans et révélé l’extrême difficulté des soldats de la paix à apaiser les tensions, maintenir la concorde et protéger les populations civiles. Une impuissance qui avait largement marqué le général et dont souffrent, encore, les milliers de casques bleus déployés aux quatre coins du monde. En Syrie, au Liban, au Kosovo, bien entendu, mais aussi au Congo, en Centrafrique, au Soudan et à Chypre où ils casernent depuis 1964. Aujourd’hui, sous la pression flagrante d’États membres plus préoccupés par leurs destins personnels, voire, pour certains, par une appétence égocentrique vers la gouvernance mondiale, l’ONU vacille. Les nations du Sud, peu influentes, ambitionnent des pouvoirs que les grandes puissances ne souhaitent concéder. Notamment certaines, à la fois membres du Conseil et belligérantes de guerres provoquées par leurs dévorantes ambitions impérialistes. La Russie, la Chine et les États-Unis ont un droit de veto, le pouvoir absolu d’engourdir toute action ou disposition contraire à leurs seuls intérêts. Ainsi, le multilatéralisme se meurt et les relations interétats se définissent plus que jamais par la brutalité, la force. Parfois, sournoisement, par l’étouffement des ressources nécessaires à l’existence et la survie de la proie. Uniquement financée par les contributions de ses membres, à proportion de leur richesse, l’ONU est naturellement entièrement soumise à leur bon désir de payer l’écot, en temps et en heure. Il suffit qu’un cotisant majeur remette en cause le montant de sa participation ou repousse habilement les échéances de règlement pour mettre l’institution en urgence financière.

La paix, la leur, à tout prix

Et Trump ne veut plus payer pour les autres, pour ceux qu’il n’a pas choisis. Aussi, son pays a plus d’un milliard et demi d’arriérés, précipitant la paralysie de l’organisation en obligation de suspendre ses missions, de licencier des milliers de personnes investies dans des associations internationales dépendantes, comme à Gaza, pour l’exemple. En lançant son « Conseil de la paix », le président américain risque fort de sonner l’hallali du regroupement des 193 nations dont une vingtaine ont déjà exprimé leur désir de verser le milliard d’euros du ticket d’entrée dans son club, ersatz de sécurité internationale proposé par le Maga. Avec un premier tour de table à 20 milliards, le président à vie peut rêver à des jours meilleurs, à un monde protecteur et solidaire.  À « une paix sans arme, une paix désarmante, humble et persévérante », comme l’a expliqué Léon XIV lors de la cérémonie des vœux au corps diplomatique accrédité au Vatican. Devant les ambassadeurs, le Pape a fustigé « la diplomatie de la force, des individus ou de groupes d’alliés ». Celle de ceux qui veulent la paix, la leur, à tout prix. Et, comme l’explique D. J. Vance, le vice-président des États-Unis, « quand vous essayez de faire des choses qui vous rendent populaire auprès du plus grand nombre possible de personnes, vous n’êtes pas susceptible de faire des choses qui soient conformes aux enseignements de l’Église catholique ». C’est une évidence, mon cher Watson !

Georges Chabrier

Les commentaires sont limités à 500 caractères.
Le Kiosque renforce sa veille : Les commentaires ne seront pas corrigés. Ceux comportant des mots grossiers ou portant atteinte à l'intégrité des individus n'étant pas publics ne seront pas publiés. La courtoisie n'empêche pas la libre expression, nous vous rappelons aussi que le débat s'enrichit d'idées et non de critiques aux personnes. Vous pouvez aussi nous adresser un article, une réflexion, une pensée,... que nous publierons en courrier du lecteur.
Are you sure want to unlock this post?
Unlock left : 0
Are you sure want to cancel subscription?