A elle seule, l’abominable affaire Lyhanna révèle l’incapacité de notre société à protéger les plus vulnérables, à prévenir, traiter et soigner les causes et les effets d’un mal nuisible et destructeur. A appréhender tous les ravages de cette affection aiguë, sournoise, incubée dans l’intimité sociale, le secret sourd des cocons familiaux. Dans notre cher pays, toutes les trois minutes, un enfant est victime d’inceste, de viol ou d’agression. Toutes les trois minutes, le corps d’un enfant est utilisé à des fins sexuelles. Un sur cinq à moins de cinq ans ! Le constat est glaçant, terrifiant, avéré et dénoncé depuis longtemps sur des tendances haussières soutenues par la libération hésitante, mais réelle, de la parole. Comme désormais les femmes, les enfants s’expriment, parfois mal entendus par une institution impréparée et sclérosée dans des routines inappropriées au flux croissant de l’accablante réalité. Les dossiers s’accumulent dans des piles figées par l’engourdissement d’un corps en carence d’énergie, de sang régénéré par une réforme impérieuse et profonde. Comment s’étonner dès lors des conséquences d’un dérive fatidique dans la chaîne précarisée de la Justice, de l’émotion légitime suscitée par la médiatisation d’un drame sordide qui, en aucun cas, ne doit dicter le droit. Chacun y va de son analyse et notamment les élus de la République, ceux-là même qui pensent et votent des lois dont ils ne veillent pas à l’application. L’indécence générale de leurs comportements face à la détresse des parents et proches de la petite Lyhanna invite pourtant à la dignité, à la retenue face au naufrage collectif d’une nation corrodée par la rouille et la couardise de politiciens en campagnes permanentes.
Des priorités fluctuantes
Après tant d’autres, le présent scandale érige les pics sur lesquels doivent trôner les têtes de coupables désignés à la hâte pour éteindre le feu. Certes, des aberrations dans les rouages grippés de la machine judiciaire ont vraisemblablement favorisé le destin meurtrier d’un prédateur en sursis. Mais, invoquer perfidement l’incompétence, le laxisme, la politisation, voire la complicité des magistrats est un raccourci pernicieux et démagogique. A l’instar de bien des ministères, la Justice est en déconfiture, en perte de cohésion, malgré les hausses de budgets revendiquées par Gérald Darmanin, le garde des Sceaux. Encore faudrait-il les avoir fléchées sur les vraies priorités et non sur quelques autres, plus opportunes, servant la communication abondante de desseins plus personnels. La lutte contre la criminalité organisée, notamment contre les narco trafiquants, a largement absorbé les crédits supplémentaires alloués à son ministère. A croire que les violences faites aux femmes et aux enfants ne méritaient pas toutes les attentions, les faveurs promises aujourd’hui. Mais, nous le savons bien, à chaque crise les priorités changent selon l’actualité politique de ceux qui restent, mais ne changent pas. Affaire de trop ou affaire de plus, la tragédie de Lyhanna témoigne d’une misère insupportable, assourdie par une ignorance blâmable, indigne.
Georges Chabrier
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