L’Edito du Kiosque : Permis ou pas permis ?

Pour conduire, entre autres, il faut disposer d’un permis, d’un acquis éternel que seules les infractions pouvaient suspendre momentanément. Il faut aussi une autorisation pour chasser, pêcher, naviguer, construire, démolir ou séjourner. Mais, pour certains, tout semble permis.

Il est des moments où la quête d’une certaine légèreté s’impose comme un rempart contre la rigueur, l’austérité d’un moment de sombritude intense. Mais, force est de reconnaître que cette allégresse salubre nécessite parfois plus d’efforts que la gravité émotionnelle de l’instant. Nous aurions pu ainsi nous retrouver à discourir autour d’un sujet secondaire offert en pâture à notre jugement par nos parlementaires européens. Sur la table, un projet de loi visant à mettre en place un contrôle médical obligatoire tous les 15 ans pour conserver le permis « éternel » de conduire. Le ton est monté chez le puissant lobby des automobilistes qui pointe, en l’occurrence, l’inutilité d’une disposition « discriminatoire, coûteuse […] pouvant priver, arbitrairement, un citoyen de son permis de conduire ». Le vote devrait intervenir les 27 et 28 février prochains et, en cas d’adoption, l’ensemble des États de l’U.E. sera contraint d’appliquer la loi. Les pétitions vont bon train sur ce sujet clivant justifié par la réduction potentielle, par moitié, des accidents de la route. Argument spécieux si l’on se réfère aux causes essentielles de la mortalité routière demeurant la vitesse excessive, l’alcool, les stupéfiants et qui frappent majoritairement les populations de 18-24 ans et 35-44 ans. Des strates pas forcément concernées par l’altération de l’âge dont on doit nécessairement se préoccuper pour contribuer à la sécurité des usagers de la route.

Un temps suspendu

Le débat existe, certes, tout comme la solution miracle de nature à le clore dans une affriolante perspective. Pourquoi ne pas imaginer confier à Elon Musk le soin particulier de tranquilliser nos destins. Le maître du monde construit des voitures autonomes et sa start-up Neuralink teste des implants cérébraux connectés sur les humains… Extraordinaire, plus besoin de visites médicales pour piloter nos parcours enfin sous contrôle des meilleures intentions. Et, pour abuser de cette légèreté salvatrice, je n’ose imaginer d’autres permis soumis à l’emprise du corps médical ou de « big brother », la pêche, la chasse… voire la procréation, comme certains osent odieusement l’imaginer pour les populations immigrées. Ceux-là mêmes qui se sont hissés parmi les descendants des dignitaires reçus au Panthéon. Missak, Mélinée Manouchian, et leurs 22 compagnons de lutte contre le fascisme ne méritaient un tel affront. Le recueillement de cette assemblée extraite du monde pour rendre hommage à ceux qui « n’avaient réclamé ni gloire, ni larmes », couverte par la poésie vibrante et bouleversante d’Aragon, a suspendu le temps, l’envie enfouie de toute légèreté.

« Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants
Nul ne semblait vous voir Français de préférence… »

Le 21 février 1944, ils étaient 20 et 3 sur le Mont-Valérien, quand les fusils fleurirent, ils crièrent la France, en s’affaissant. Dans une dernière lettre adressée à son épouse Mélinée, Missak Manouchian exprima sa miséricorde, proclamant qu’il n’avait pas la moindre haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit. Bonheur ! à tous ! Conclut-il avant de mourir pour son pays de sang.

Georges Chabrier

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