Jusqu’à 23h23, tout allait à peu près bien. Les cinq candidats à la primaire de la Gauche avaient élégamment marqué leurs différences sur les sujets proposés par les invités du plateau. La flambée du prix des carburants, le pouvoir d’achat, les salaires et la dette avaient, à la marge, égratigné leur consensus sur la nécessaire obligation d’accompagner et d’épargner les plus démunis. Et, donc, d’aller chercher ailleurs les moyens d’endiguer l’emballement du déficit de la nation. Mercredi soir, il convenait avant tout de tenir le rang, de ne pas trébucher avant le vote d’octobre et les deux tours (9 et 16) de la vraie primaire proposée aux adhérents ou aux sympathisants qui auront acquitté la somme de 15 €. En 2011 et 2017, le sésame pour voter était à 1 €. Tout augmente ! Même le coût de la démocratie. Ils étaient donc cinq, presque unis comme les doigts de la main, pour redonner des couleurs à leur gauche, étrillée aux dernières élections présidentielles. L’échange était courtois, parfois complice, jusqu’aux épineux sujets liés aux conflits internationaux. Externe, donc, mais conséquemment internes s’agissant de guerres qui accélèrent et radicalisent les fractures intestines. Celle d’Israël contre la Palestine, qualifiée de génocide par Ségolène Royale et Olivier Faure, en opposition frontale avec Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj leur reprochant de vouloir essentialiser le débat. Celle d’Ukraine, soutenue à l’unisson contre l’envahisseur russe, avec lequel il aurait été néanmoins essentiel de sauvegarder un dialogue diplomatique, selon la bâtisseuse déclarée de paix, Ségolène Royale. La scission était faite, sous la bienveillante et discrète attention de l’homme aux chaussettes rouges, Emmanuel Maurel.
Union et désunion
Attendu, le pire arriva. Il était 23h23, et le spectre de Jean-Luc Mélenchon, régulièrement vilipendé par Glucksmann et Guedj, faisait irrévocablement irruption sur le plateau ! Quid du lendemain et des alliances nécessaires pour décrocher le Graal et disposer d’une majorité parlementaire pour bien gouverner ! En aucun cas avec LFI, pour Guedj et Glucksmann. En aucun cas avec les macronistes, pour Ségolène Royale, n’écartant aucune hypothèse avec les Insoumis, à l’instar de Faure et Morel, convaincus de l’exigence d’un inéluctable et stratégique rabibochage pour le 2ᵉ tour des présidentielles. Pour faire bonne figure, et sans conviction, chacun s’en est allé en faisant promesse de soutenir sans faille l’heureux élu de la primaire. Pieux serment, d’autres prétendants, socialistes ou non, pouvant encore prétendre à la sélection pour peu qu’ils s’engagent « à proposer le rassemblement à tous les partis de la gauche démocratique, écologique et républicaine afin de construire ensemble un programme commun, un accord législatif et un contrat de gouvernement ». Du déjà vu, semble-t-il, à la portée de soupirants éconduits mais n’ayant pas renoncé à porter autrement et ailleurs la même ambition. François Hollande, Matthieu Pigasse, Karim Bouamrane, François Ruffin sont cités, d’autres non qui pourraient encore grossir les rangs d’une coalition de rupture pour atteindre un objectif commun. En peu de temps parfois on fait bien du chemin.
Georges Chabrier
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