L’Édito du Kiosque : Tout ça pour ça !

Tout ce qui brille n’est pas or. Même à Versailles où Donald Trump a célébré une victoire de pacotille, en toc. Sa guerre perdue, comme celle de Poutine, était une folie meurtrière portée par une mégalomanie délirante.
AFP Ecole de Minab

En février dernier, un fleuron de la force de frappe américaine s’écrasait sur une école de jeunes filles. Lancé depuis un sous-marin, un missile Tomahawk terminait sa funeste croisière sur un établissement scolaire, à Minab, au sud de l’Iran. 170 jeunes élèves périrent dans les décombres du bâtiment non répertorié par les services de renseignements US. Le Pentagone confirma la responsabilité de cet horrible désastre, bavure collatérale d’un conflit inique aux prétextes interlopes. Dans l’exercice banal de l’imposture, Donald Trump attribua à l’adversaire l’insigne déshonneur du massacre perpétué dans la conduite de sa guerre contre le mal personnifié, le régime iranien, ses mollahs et le corps des gardiens de la révolution islamique. Quatre mois plus tard, l’ensemble de la presse américaine dénonce la défaite humiliante scellée dans un protocole visant à aboutir à un accord de paix entre les deux parties. L’Iran a gagné. L’Amérique a dépensé des centaines de milliards de dollars sans atteindre le moindre objectif. Pour, finalement, permettre aux Iraniens de consolider leur prééminence locale, de commercer librement, d’enrichir leur uranium, de récupérer des milliards d’avoirs gelés et, cerise sur le gâteau, de bénéficier d’un fonds de soutien pour financer la reconstruction du pays. 300 milliards de plus, portés par les Américains, des investisseurs privés et… les nations du Golfe, mises en danger par l’odyssée hasardeuse de leur père protecteur.

Humiliations et révérences

L’addition est salée pour le MAGA de Mar-a-Lago, contraint de sauver la face dans la fastueuse pompe du château de Versailles. Une opportunité saisie goulûment pour saupoudrer de feuille d’or le brûlot sur lequel il a apposé sa signature ostentatoire. Les télévisions du monde entier ont diffusé la bouffonnerie applaudie respectueusement par les courtisans du G7. Toujours polis, toujours courtois, assez agiles et élastiques pour faire la révérence devant celui qui n’a de cesse de les humilier. Le soleil s’était éteint sur les jardins du roi. Si l’autoproclamé « Boss » avait affirmé qu’il faisait jour, ils auraient, à l’unisson, contemplé le ciel. Rassasié et suffisant, Trump s’en est allé vers d’autres combats. Il a salué un « très bon accord » avec de nouveaux dirigeants intelligents et malins. Il a parlé respectueusement avec Volodymyr Zelensky, s’est épanché sur le bombardement de la cathédrale de la Dormition, sur l’inattendue progression des forces ukrainiennes, sur l’impasse dans laquelle est enfermé son ami Poutine. Le chef du Kremlin semble basculer du mauvais côté, c’est désormais un loser. A la cour des rois, chacun n’y est que pour soi. Qu’importe le sacrifice de millions d’êtres humains, il abreuve cyniquement la mégalomanie démesurée de tous ces narcissiques. « Aucun souffle ne trouble la source, où, tranquilles et penchés, tout le jour ils contemplent leur image ».

Georges Chabrier

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