Saumur. Entretien avec Joël Bafouin comédien et chanteur du spectacle « Avec ces gens-là » dédié à l’œuvre de Brel (vidéo)

Le 13 mars prochain, au théâtre le Dôme de Saumur, la troupe Jef proposera une création théâtrale intégrant l’œuvre du grand Jacques Brel. Rencontre avec Joël Bafouin, comédien et chanteur.

Le Kiosque : Comment s’est faite votre rencontre avec Brel ?

Joël Bafouin : A proprement parler, il n’y a jamais eu de rencontre avec l’homme. Mais de temps en temps, j’ai dans le public des gens qui l’ont vraiment vu sur scène ! En fait… Quand j’étais gamin j’ai toujours aimé chanter Amsterdam. Je l’ai chantée des milliers de fois, à l’occasion d’un mariage, d’une kermesse, en famille. A quinze ans je me suis intéressé au théâtre. J’ai jamais arrété de toute ma vie. Ca fait plus de quarante ans que je fais du théâtre et je suis avant tout comédien, plus que chanteur.

Le Kiosque : C’est cette vocation de comédien et de metteur en scène qui vous a amené à Brel ?

Joël Bafouin : Si j’ai été attiré par Jacques Brel c’est que je trouvais que ses chansons étaient théâtrales. Je ne suis pas musicien mais j’ai rencontré des musiciens qui sont devenus des amis. Alors j’ai conçu le projet de monter une pièce de théâtre autour des chansons. Les choses se sont mises en place avec ces rencontres et je me suis dit : « Oui c’est le moment… »

Le Kiosque : Quels aptitudes faut-il pour visiter ce monument de la chanson française ?

Joël Bafouin : On apprend, on répète, on travaille. Vous savez, Jacques Brel, quand on lui disait qu’il avait du talent, il répondait : « Le talent ça n’existe pas. Faut d’abord avoir l’envie et après c’est du travail et de la sueur ». Il faut bosser. Moi, je n’avais pas forcément l’oreille musicale, alors j’ai travaillé avec mes potes musiciens. Ils m’ont appris la justesse, la précision, la musicalité. On a répété les chansons des centaines et des centaines de fois jusqu’à ce que tout soit parfait.

Le Kiosque : Vous jouez aussi parfois en formule symphonique ?

Joël Bafouin : Oui, au Dôme nous venons en trio mais on décline aussi le spectacle avec l’orchestre angevin Scènefonia. Cinquante musiciens sous la direction de Jean – Jo Roux. Là, on a passé une étape supplémentaire. Les musiciens classiques ont une rigueur métronomique, ils ne suivent que la baguette du chef.  Le reste ce sont leurs sensations mais toujours guidées par le chef d’orchestre.

Le Kiosque : Pas question d’escamoter deux temps d’une mesure !

Joël Bafouin : Non ! Moi aussi, je dois regarder la baguette et si je me plante c’est mort, la musique continue. Il faut se rattraper comme on peut. C’est le propre du spectacle vivant. C’est ça aussi qui m’excite. Sur scène, je ne veux pas de prompteur. Je considère que lorsque nos yeux sont rivés à un écran notre cerveau est trop appliqué à lire. Moi ce que je veux c’est que mon cerveau soit concentré sur le propos à délivrer.  Il faut avoir le propos en tête et vivre l’instant présent. Bien sûr c’est risqué, on peut dérailler. L’énergie, l’émotion peut nous faire sortir du cadre et là… faut se rattraper comme on peut ! Parce qu’on est que des humains. Tous. Heureusement, j’ai une telle complicité avec mes deux compères (on a joué le spectacle environ 150 fois et dans plusieurs pays), que nous faisons toujours face à l’imprévu.

Le Kiosque : Comment adapte-t-on Brel ?

Joël Bafouin : Il se joue autant avec une simple guitare qu’avec un grand orchestre. Ce que j’aime chez Brel c’est la progression émotionnelle à l’intérieur de la chanson. Ses chansons sont « progressives ». On sent qu’il va se passer quelque chose. Quand j’étais plus jeune j’écoutais justement du rock progressif. Je suis un fan d’Ange j’ai déjà vu une dizaine de concerts de ce groupe originaire de Belfort. Ils finissaient par Chez ces gens -là ! Ce que j’aime c’est ça : des gens qui racontent des histoires, qui mettent des beaux mots et qui nous mettent devant les yeux des atmosphères, des situations, des étapes de vie, des personnages. C’est ça qui m’intéresse. Je suis un raconteur d’histoires et je me sers des oeuvres que nous a laissé Jacques Brel. Je respecte profondément l’homme mais avant tout je suis attiré par son écriture. Le spectacle est vraiment pensé pour mettre faire briller ces diamants bruts qu’il nous a laissé. Ce que je souhaite c’est que le public recoive le plus justement possible chaque mots et chaque phrase…

Le Kiosque : Brel était un personnage intense sur scène ? Comment vous confrontez – vous à cette force ?

Joël Bafouin : J’ai envie de délivrer les chansons de Brel à ma façon à moi et à celle de mes amis musiciens, parce qu’elles nous parlent. L’intensité, elle, est comme je la ressens. Elle est différente d’un public à un autre. Moi j’ai besoin de vivre l’instant présent. Encore une fois c’est le spectacle vivant : on est sur un fil et on peut se casser la gueule. Ce qui compte c’est de rester en équilibre et en équilibre avec soi – même pour délivrer le propos. Je n’ai pas du tout envie de l’imiter ou de lui ressembler. Ce spectacle c’est notre version de Brel.

Le Kiosque : Restez-vous fidèles aux arrangements musicaux des disques ?

Joël Bafouin : On s’appuie sur les arrangements d’origine, mais pas toujours. On est allé chercher chez d’autres chanteurs, par exemple Florent Pagny qui chantait Mathilde. On a également un peu aumenté des tempos. Parce exemple la chanson Les Marquises (mais aussi l’archipel où est sa dernière demeure), on en a fait quelque chose d’ensoleillé, de joyeux, avec un rythme très coloré. On cherche un équilibre entre les chansons tristes et gaies, les chansons lentes ou dynamiques, chantées parfois en duo. Tout est équilibre pour que le public jamais ne se lasse et que lorsque les lumières de la salle se rallument, il dise : « Ah, oui ! Déjà… »

Le Kiosque : Le répertoire de Brel est immense, comment sélectionnez-vous la vingtaine de chansons du spectacle ?

Joël Bafouin : Brel a écrit 400 chansons ! Nous choisissons par rapport à notre pièce de théâtre. Nous racontons une histoire et il faut que la chanson corresponde à des moments de l’histoire. J’attache une très forte importance à la pièce, au théâtre. Ce qui m’intéresse c’est de sortir du mode concert strict. Avec le spectacle Ces gens – là c’est comme si on frappait les trois coups et la pièce démarre. On est vraiment en mode théâtral. Les moments d’intensité forte, comme il en existe au théâtre, doivent être sublimés par la chanson. Elle doit accentuer l’instant de la pièce. Mais également  la pièce dans son ensemble devient un écrin de façon à ce que le spectateur reçoive au maximum la finesse de l’œuvre de Brel.

Le Kiosque : Quelles sont les réactions du public à cette proposition ?

Joël Bafouin : Des gens viennent nous voir et nous disent : « Je connaissais Mathilde mais avec vous je l’ai perçue autrement… » Hé ! Oui ! Parce que Mathilde est un personnage ambigü qui fait baver les hommes et qui leur en fait baver ! Du coup cette belle Mathilde qui fait tourner les têtes, on met son histoire dans la pièce, et là on prend conscience des propos de la chanson. C’est le plus beau remerciement qu’on puisse me faire : « J’ai redécouvert le sens profond des textes. Un beau compliment car j’aime la langue française, j’aime la belle diction, la ponctuation, la respiration, la prononciation, que tout soit bien en place. Avec les textes de Brel, on a de quoi faire c’est illimité.

Propos recueillis par Cécile Bodeven

Infos pratiques : La troupe Jef présente « Avec ces gens – là » au théâtre du Dôme à Saumur. Vendredi 13 mars 2026 à 20 h 30. L’événement est organisé par le Rotary Club de Saumur au profit de l’association de lutte contre le cancer Persévérence – ICO. Participation : 15 euros. Réservation : 06 73 77 55 73. Réservation en ligne : https://www.helloasso.com/associations/rotary-club-saumur/evenements/jef-avec-ces-gens-la-d-apres-l-oeuvre-de-jacques-brel-2. Facebook de la troupe Jef : https://www.facebook.com/troupejef/.

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