Saumur. « Un jour, il nous a fallu partir… », rencontre avec Tayeb Kacem président de l’association Harkis 49

Ce mardi 12 mai 2026, la municipalité Saumuroise et l’association des harkis du Maine et Loire Veuves et Orphelins ont fait tristement mémoire du message de Pierre Messmer alors ministre des armées en 1962. Ce message ordonnait alors de désarmer les harkis et de les empêcher d’entrer en France les livrant ainsi à des représailles certaines. Chaque année, Tayeb Kacem relit publiquement cette dépêche qui fit basculer les vies de ceux qui ont voulu s’engager pour une cause à laquelle ils croyaient avant de se senti trahis et abandonnés. Président de l’association des harkis du Maine et Loire Tayeb Kacem se souvient de cette période éprouvante et rend hommage aux frères d’armes et aux familles durement éprouvées. Rencontre :

Le Kiosque : Pourquoi souhaitez-vous organiser ces commémorations pour la cause des harkis ?

TK: Je trouve essentiel de rappeler la souffrance de ces personnes qui ont été fidèles à la France dans cette période trouble et je suis marqué par ces événements. En 1962 j’habitais Trumelet en Algérie, j’avais 7 ans et nous résidions dans la caserne pour des raisons de sécurité. Un jour, il nous a fallu partir… Vite ! Hébergés chez une tante, cachés pendant 1 an, nous avons réussi à nous faire rapatrier en France : mais l’accueil fut rude.

Le Kiosque : Quel souvenir gardez-vous de votre arrivée en France ?

TK : Nous avons été cantonnés dans le camp de Rivesaltes, sous toile entourés de barbelés. Nous n’étions pas autorisés à sortir et il y avait toujours des files d’attente pour quelques vivres ou du charbon. Nous avions froid car les tentes étaient mal fixées. Quelques mois plus tard nous avons été déplacés pour un autre camp : le camp dit des irrécupérables situé en Lot et Garonne. Nous avons compris le nom sinistre quand on a su qu’il avait été destiné aux soldats grièvement blessés ou torturés. Le but était de nous cacher.

Le Kiosque : Comment vos parents ont-ils vécu cette situation ?

Nous vivions les uns près des autres, les classes étaient surpeuplées dans le camp avec des filles et des garçons séparés. Je disais à maman que je ne voulais pas y aller car l’enseignement et l’organisation étaient inappropriés. Maman me répondait « va à l’école mon fils et fais semblant de comprendre ». Je voulais devenir militaire comme mon père qui avait plein de médailles. Mon père avait trop souffert et ne le souhaitait pas.

Le Kiosque : Qu’êtes-vous devenu ?

TK: J’ai passé un diplôme de dessinateur en mécanique mais l’envie des drapeaux m’a rattrapé. A la faveur de dispositifs facilitant l’engagement, j’ai signé et ai été recruté pour l’école de Saint-Maixent. J’ai souhaité faire mémoire des harkis lorsque l’heure de la retraite a sonné. Il faut le dire : affirmer un témoignage qui compte, je sillonne les écoles et apporte ce douloureux passé aux jeunes. Je fais une exposition tous les ans, 2027 verra la prochaine édition de nos travaux de mémoire. Pour tous ces frères, parfois décédés sans famille, l’association est présente. En 2021 au palais de l’Élysée, le président Emmanuel Macron a prononcé les paroles attendues depuis si longtemps : « Au nom de la France, aux Harkis, je demande pardon ». Ce jour-là, j’aurais tellement aimé que mon père soit près de moi pour les entendre.

Propos recueillis par Cécile Bodeven

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