La chronique de Gino Blandin. Ils, elles sont passé(e)s par Saumur : Paul-Emile Gandar

Cette rubrique bimensuelle, orchestrée par Gino Blandin, auteur saumurois et ancien président de la Société des Lettres de Saumur, se propose de brosser le portrait des personnalités qui, au fil du temps, sont venues à Saumur au cours de leur existence. Aujourd’hui, Paul-Emile Gandar « Le Père Gandar  » (1870-1954).

Paul-Emile Gandar naît le 2 février 1870 à Aigrefeuille (Loire-Inférieure). Il entre à l’Ecole du Service de santé militaire en 1890. Trois ans plus tard, il soutient sa thèse devant la Faculté de Médecine de Lyon : Revue critique de la Kératite parenchymateuse. Quelle part revient à la syphilis et aux autres causes de cachexie dans l’étiologie de cette maladie. Après quelques affectations diverses, Paul-Emile Gandar arrive à l’Ecole d’Application de Cavalerie à Saumur en 1897. Il quitte le service actif trois ans plus tard pour s’installer comme praticien. A la suite du décès du docteur Seigneur (le père), il prend la direction d’un service à l’Hôpital. C’est également à cette époque qu’il fonde avec un collègue, Constant Petit, une clinique privée rue Fardeau.

Quand la première guerre mondiale éclate, la clinique de la rue Fardeau accueille les officiers blessés. Paul-Emile Gandar est d’abord affecté à Niort mais il sollicite de servir en Orient. C’est ainsi qu’il se retrouve en Serbie. Ses brillants états de service lui valent d’être fait Commandeur de l’Ordre royal de Saint-Sava, d’être décoré de l’Aigle blanc de Serbie et de la Médaille de vermeil des épidémies. Il devient Chevalier de la Légion d’honneur le 20 juillet 1916.

De retour à Saumur en 1918, Paul-Emile Gandar est démobilisé l’année suivante. La guerre terminée, il reprend toutes ses activités, partagé entre son cabinet, la clinique et l’Hôpital dont il est le médecin-chef. Il trouve encore du temps pour être conseiller municipal.

La seconde guerre mondiale le sollicite de nouveau. Il collabore alors activement à la Défense passive. Quand les troupes allemandes arrivent à Saumur en juin 1940 avec le médecin-chef Richoux, l’aumônier-abbé Tonnevy, les religieuses, les infirmières, les civils et ce malgré le manque d’eau, de gaz et d’électricité, il assiste les 138 blessés qui ont trouvé refuge dans les caves de l’hôpital.

Dans un article du Petit Courrier du 14 janvier 1941, le journaliste Augustin Girouard apporte son témoignage :

«  Mais un homme qui força l’admiration respectueuse de tous, ce fut M. le docteur Gandar.

 » Qui ne connaît cet homme dévoué entre tous, toujours plein d’allant malgré la charge des ans et les fatigues endurées lors de la dernière guerre ? On l’a vu à l’œuvre : tous ses malades ont su depuis toujours le juger et l’apprécier. Si le praticien a le mot pour rire, l’air un peu moqueur, vous en concluez que le cas n’a rien de grave. Mais si au contraire, réfléchi, pesant ses paroles, le bon docteur ne lance pas de boutade ou un mot à l’emporte-pièce, vous déduisez que la situation est plus sérieuse.

 » Eh bien ! le soir du 18 juin et une partie de la nuit et de la matinée du lendemain, le docteur Gandar allait et venait, surveillant, silencieux, l’évacuation des salles. Parfois, il s’asseyait près de la loge de la concierge et attendait impassible que s’opère l’installation dans les caves.

 » Les obus tombèrent tout autour. Le docteur Gandar resta stoïque sur son banc. Et, quand le dernier infirme fut à l’abri, alors le bon médecin retrouva le mot du pince-sans-rire. Il n’était plus le même ; il avait l’âme allégée et sa mission se trouvait accomplie.

 » Le cœur allégé, nous dit alors Mme Veau, il s’en alla jusque chez lui, pour faire ensuite la navette pendant trois jours. N’était-il pas le chef de la Défense Passive au point de vue sanitaire ? Celui que l’on rencontre quotidiennement, de jour comme de nuit, n’allait peut-être pas croiser tant de monde dans les rues.

 » Mais par contre, les éclats lui sifflèrent maintes fois aux oreilles et quelqu’un qui l’approche de très près me raconta comment, quittant son cabinet de la rue des Païens, il fut surpris par un éclatement : une fusée d’obus tomba non loin de lui. Que fit le docteur Gandar ? La courte scène le dépeint bien :  » Je te salue !  » dit-il. Et il se découvrit comme s’il eut répondu à un salut de ses multiples amis.

 » Tel est l’homme qui se donna tout entier à l’Hospice civil, dans les postes de secours et les abris. »

Le 27 septembre 1941, Paul-Emile Gandar présente sa démission à l’Hôpital pour raison de santé. Au lendemain du conflit, il ralentit progressivement ses activités. Il s’éteint à Saumur, le 2 août 1954.

Son ouvrage Revue critique de la kératite parenchymateuse. Part revenant à la syphilis et aux autres causes de cachexie dans l’étiologie de cette maladie, paru en 1893, a été réédité par Hachette Livre et la BNF en 2018. Depuis 2023, des travaux de réhabilitation de la clinique Fardeau ont été lancés. Ils devaient se terminer en mars 2026. Le bâtiment accueillera alors 13 logements sociaux.

Bibliographie : BLANDIN Gino, Histoire du Centre Hospitalier de Saumur, Editions Hérault, Maulévrier, 1996

 

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