Edito du Kiosque : Débranche !

La répétition des actes de violence gangrène notre quotidien. Mise en exergue de façon excessive par les canaux d’information en continu, cette propension alimente le sentiment d’insécurité dont se rassasient les doctrines autoritaires attentatoires aux principes démocratiques. Il est grand temps pour notre classe politique de reconstruire les bases d’une réflexion profonde, sincère et véritable, sur les failles qui fragilisent le pays.
Jean-Jacques Rousseau

Lundi dernier, Jean-Baptiste Trogneux, petit-neveu de Brigitte Macron, a été agressé devant la chocolaterie familiale emblématique d’Amiens. Cet acte inqualifiable a été dénoncé à l’unisson par la classe politique française à l’encre à peine séchée de tweets condamnant sans retenue les actes ayant conduit Yannick Morez, maire de Saint-Brévin-les-Pins à renoncer à son mandat d’élu, quelques jours plus tôt. Dans un élan commun, les députés se sont dressés et, debout, ont marqué leur solidarité avec l’édile de Loire-Atlantique, mis K.O. par la violence imbécile de ceux que ne condamna pas Le Rassemblement National, campé sur ses certitudes équivoques. Les incidents impliquant les représentants du peuple se multiplient et s’entremêlent avec la réalité quotidienne d’une violence qui s’égrène au fil de sombres récits pour gonfler les statistiques et l’actualité sensationnelle des réseaux sociaux, des chaînes d’information en continu. Infanticides, féminicides, homicides, violences sexuelles, harcèlements, la matière première se renouvelle au rythme des misères feuilletonnées, parfois orchestrées dans un brouhaha décadent où s’épanouissent les déchaînements morbides.  Le sentiment d’insécurité prospère vers un état de suspicion et d’anxiété collectives dont se repaissent les idéologies fondées sur le rejet, le racisme et la xénophobie.

Confiance

Sur ce terreau progressent les ambitions des extrêmes droites européennes coalisées opportunément avec les partis velléitaires mais déficients pour répondre à la demande sécuritaire des sociétés en crise. La France n’échappe pas à la règle, engluée dans ses errements, voire son renoncement atavique à aborder sur le fond les débats qui font sens pour préserver l’équilibre fragile de la démocratie. La gauche, comme la droite, pour des raisons similaires, ont laissé filer la bobine du temps, des responsabilités. Empêtrées dans des calculs électoralistes toxiques, elles ont éludé la confrontation citoyenne sur le fond de questionnements dont on ne pourra s’exonérer plus longtemps. La tâche s’annonce toutefois bien difficile tant la confiance est érodée. L’épisode des gilets jaunes a en effet marqué une étape importante dans la relation conflictuelle entre l’Etat et son peuple, blessé par l’âpreté d’un long combat finalement anesthésié par un saupoudrage financier habile et conséquent.

Légitimité

Mais, la cicatrice s’est réouverte à l’occasion de la réforme des retraites, de son passage en force sous le regard médusé des manifestants, des syndicats, d’une opinion publique contrariée par la méthode. Le feu couve. Derrière la légalité du processus parlementaire se pose en creux la légitimité même de la loi, sa justification et sa cohérence. Sans ces certitudes, le contrat social cher à Rousseau (Jean-Jacques) s’en trouve brisé. « Le citoyen n’est plus souverain parce que la légalité ne renvoie plus à ses exigences », son obéissance n’est donc plus de mise. Nous en sommes là, dans une impasse profonde où chacun pense avoir recouvré sa liberté, de soumettre ou de se démettre. L’omnipotence et l’omniscience d’Emmanuel Macron cristallisent les résistances, génèrent un mépris persistant dont les effets n’augurent d’aucun apaisement immédiat. A moins, souhaitons-le, qu’il débranche un peu, que les médias débranchent, que le charisme et la bienveillance président enfin à l’instauration d’un dialogue apaisé et clairvoyant.

Georges Chabrier

Commentaires 7

  1. Et la violence de l'extrême gauche et de LFI ? says:

    Rien sur les propos belliqueux de Mélenchon ? Rien sur Sandrine Rousseau justifiant presque les violences contre Yannick Jadot lorsqu’il se rend à la manifestation des Bassines en Deux-Sèvres ? Rien sur député LFI jouant au ballon sur lequel est peinte la tête d’un élu ? Rien sur ce même député livrant à la vindicte populaire la liste de celles et ceux qui n’ont pas voté comme lui la loi sur les retraites ? etc ..Cet article manque de partialité.

    • à Et la violence de l'extrême gauche et de LFI ? says:

      Tout à fait d’accord avec vous. Monsieur Chabrier qui n’a pas signé cette fois ne manque pas d’air. Il fait partie de ces médias qui attisent le feu avec partialité et mépris. Et il devrait appliquer à lui-même « que les médias débranchent, que le charisme et la bienveillance président enfin à l’instauration d’un dialogue apaisé et clairvoyant. »

    • Un peu d'histoire says:

      Le culte de la haine et du mépris est arrivé en France avec la gauche au pouvoir en 2012. On croyait alors ce phénomène à son apogée mais que nenni! Depuis six ans, la haine et le mépris s’intensifient chaque jour un peu plus avec l’aide diabolique des syndicats lobotomisés à l’image des Fi dupes, et du Rn et de certains journalistes. Ces oppositions s’appliquent méticuleusement à provoquer le chaos. Et après? Tout ceci se retournera fatalement contre eux un jour ou l’autre.

    • Une saumuroise says:

      Tout à fait d’accord pour la partialité. Il serait bien que le Kiosque débranche aussi et apaise avec des éditos moins binaires .

  2. Arnaud says:

    «Quand il n’est plus possible de parler, ni de comprendre, quand on ne veut plus subir, alors nait la violence pour affirmer que l’on existe».
    Alain Peyrefitte, Rapport sur la violence.
    Quand la représentation nationale se trouve privée de son rôle (49.3, obstruction etc ) alors les électeurs se sentent trahis et la colère se retrouve dans la rue avec les débordements auxquels on assiste. Condamner les violences ne suffit pas, l’AN doit retrouver tout son rôle.

  3. Arnaud says:

    Condamner la violence est nécessaire mais pas suffisant. Sans vouloir excuser ou atténuer la responsabilité de quiconque, si on ne cherche pas à comprendre comment on en est arrivé là, alors on en restera toujours au même point.
    𝗔 𝗹𝗶𝗿𝗲 : Spirale de la violence par 𝙃𝙚́𝙡𝙙𝙚𝙧 𝘾𝙖̂𝙢𝙖𝙧𝙖 archevêque brésilien, défenseur des droits humains, non-violent, connu pour sa lutte contre la pauvreté dans son diocèse et dans le monde.

  4. Cyrano says:

    On comprend mieux à la lecture de cet édito à quel type de gauche appartient G Chabrier. En 2002 le ministre de l’intérieur Vaillant, qui avait créé cette année là 3000 postes de policiers, mettait en garde Jospin contre sa tendance à banaliser la montée des problèmes de violence et d’insécurité. On connaît la suite.. 21 ans après G Chabrier nous raconte encore qu’il suffit de casser le thermomètre pour supprimer la fièvre.. qui n’existe pas d’ailleurs selon lui.

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