Keskidi. La chronique d’Hugo qui donne du sens aux mots #14 : « Prendre des vessies pour des lanternes »

Nous parlons et employons des mots avant tout pour exprimer des idées. Pour se faire comprendre de son entourage, encore faut-il partager des références communes. Maximes, adages, proverbes, préceptes, dictons... tout un réseau d’images en kits, bien pratiques et aux origines assez hétéroclites qui veulent dire tout et son contraire.

Prendre des vessies pour des lanternes : Pour cette expression peu ragoûtante, j’en conviens, je suis allé chercher bien loin dans notre Histoire et ai découvert une richesse linguistique plutôt insoupçonnée. De prime abord, pas évident, notamment pour les plus jeunes générations, de comprendre le sens de ces mots, d’autant que l’on ne les entend plus beaucoup. Sans doute cela a-t-il un rapport avec le côté un brin familier (mais pas vulgaire) de cette drôle de comparaison. Pourtant, depuis le Moyen Âge, nous avons presque toujours utilisé cet adage pour signifier la même chose… et les termes n’ont guère changé !
Aujourd’hui, prendre des vessies pour des lanternes équivaut à prétendre de quelqu’un qu’il se trompe lourdement, sur son opinion ou sur ses intentions, parfois malgré lui. En gros, que l’interlocuteur confond deux objets dont les usages diffèrent énormément. Et là, vous allez me dire, mais pourquoi mettre sur le même plan un organe et une lampe ? L’étymologie nous a donné la réponse. Un grand saut au XIIe siècle plus tard, voici les clefs de compréhension : bien que l’origine réelle de l’expression soit très obscure, nous savons pertinemment que le mot “lanterne” à l’époque médiévale avait pour synonyme “baliverne”.
Quant à “vessie” il renvoyait à l’image d’un objet vide et creux. Rien de plus normal, puisqu’avant les organes d’animaux étaient très utiles dans la vie de tous les jours. Il n’était pas rare de transformer les vessies en balles, en contenants ou en… lanternes, en plaçant une bougie à l’intérieur, la membrane étant assez fine pour diffuser la lueur de la flamme.
Vous commencez à voir le rapport entre la vessie et la lanterne ? Amusant d’imaginer finalement que ces deux termes avaient une connotation assez similaire. Le mot lanterne a également donné l’adjectif “lanternois” qui pouvait qualifier un discours de mensonger. Nous avons perdu ce côté perfide et volontaire de nos jours, puisque bien souvent nous tenons à marquer la bêtise de celui qui se fourvoie.
Vous le voyez, il est trop important de rester lucide lorsque l’on s’exprime. Tâchons de garder la lumière allumée à tous les étages.

Hugo

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les commentaires sont limités à 500 caractères.
Le Kiosque renforce sa veille : Les commentaires ne seront pas corrigés. Ceux comportant des mots grossiers ou portant atteinte à l'intégrité des individus n'étant pas publics ne seront pas publiés. La courtoisie n'empêche pas la libre expression, nous vous rappelons aussi que le débat s'enrichit d'idées et non de critiques aux personnes. Vous pouvez aussi nous adresser un article, une réflexion, une pensée,... que nous publierons en courrier du lecteur.
Are you sure want to unlock this post?
Unlock left : 0
Are you sure want to cancel subscription?