La chronique culture d’Anthony Bussonnais

Un mercredi sur deux, l'auteur Saumurois Anthony Bussonnais vous distille ses conseils culture en proposant une série, un film, un album, un livre, une bande dessinée, un podcast ou encore une chaine Youtube.

DOPESICK (Disney +)

Au cœur d’une petite ville de l’état de la Virginie, le portait de familles touchées par la crise des opiacés aux Etats-Unis. Les proches des toxicomanes se lancent dans une guerre auprès des lobbies pharmaceutiques. Les policiers et médecins luttent également au quotidien contre le fléau…

Inspiré de la réalité, cette mini-série (huit épisodes), basée sur le livre Dopesick: Dealers, Doctors and the Drug Company that Addicted America de Beth Macy, est absolument incroyable, et effarante en même temps. Une entreprise pharmaceutique familiale, Purdue Pharma, riche et puissante, parvient à mettre sur le marché un nouvel opiacé (comme la morphine ou l’héroïne), l’OxyContin, vendu comme révolutionnaire, et prétendument non-addictif. La série s’attache à dénoncer les magouilles, l’avidité, le soudoiement, la perversion des Sackler, et notamment Mortimer, alors président de la société fondée par son père, pour parvenir à leurs fins. Elle montre aussi l’impact et les dommages collatéraux du fléau qui en découla dans les années 2000 (et continue encore aujourd’hui). Parmi les médecins abusés, complices par méconnaissance, comme parmi les patients devenus toxicos, et les familles endeuillées. Le casting est totalement formidable, mais Michael Keaton (toujours brillant, comme dans Le fondateur, film sur la naissance du McDo), Michael Stuhlbarg (déjà épatant dans la série Your honor), et Kaitlyn Dever (nominée à 23 ans, aux Golden Globes de 2020, dans la catégorie Meilleure actrice dans une mini-série pour Unbelivable) sont exceptionnels.

ES (Imen Es)

La chanteuse de 23 ans, qui a été repérée grâce à ses reprises postées sur YouTube et ensuite produite par Abou DeBeing, a sorti son deuxième album près de deux ans après le premier (Nos Vies). Si beaucoup l’avaient déjà découverte en 2018 avec son premier single Attentat, c’est surtout son duo avec Alonzo, 1ère fois, qui l’a révélée au grand public. Seize titres composent ce nouvel opus, simplement intitulé ES (abréviation de son nom de famille, Essrhir) qui s’ouvre sur le titre consacré à son fils Djibril : « Oh mon enfant, tu sèmes le bonheur, même si pour moi, c’est nouveau. Je n’te laisserais jamais seul, quitte à me mettre le monde à dos ». Imen aime s’entourer d’artistes dont elle apprécie le travail et/ou l’ont influencée. C’est ainsi qu’après avoir déjà collaboré avec, entre autres, Jul, Dadju, Alonzo, Amel Bent, Gims ou Zaho, on la retrouve ici en duo avec Niro (Lovés), Vitaa (Alors), MHD (Appelez-les), Camille Lellouche (Facile), Abou DeBeing (Nous deux), et sa sœur aînée Fedoua (Petite sœur). Imen confie à son propos : « C’est elle qui m’a poussé à chanter, à faire des concerts avec un déodorant devant le miroir ! Si je n’avais pas eu de grande sœur je ne pense pas que j’aurais été dans la musique ». Un beau cadeau que cette mise en lumière (et en musique) qu’elle lui offre en retour. Si l’amour et les relations amoureuses (la confiance, la jalousie, ta tentation…) sont les thèmes prédominant, sur la chanson La Go c’est des relations toxiques qu’elle traite à nouveau : « Laisse la go respirer, laisse la go vivre. Laisse la go se tirer, laisse la go libre ». « Parfois on chante sans savoir que ça peut aider quelqu’un » dit-elle, confiant qu’elle avait reçu de nombreux témoignages de femmes après son titre avec Alonzo. Un album très bien produit, vraiment agréable, sa voix est incroyable. Le RnB français, boudé après les années 2000, a redoré son blason, et Imen Es n’y est pas pour rien.

RÊVER SOUS LES COUPS (Mohamed Bouhafsi – Larousse)

 « Quand je demande à maman de me raconter ma naissance, elle reste évasive. « Tu es né sans pleurer. Dès que la sage-femme t’a mis dans les bras de ton papa, tu t’es recroquevillé et tu as hurlé de toutes tes forces ». »

Battu violemment par son père jusqu’à l’âge de 8 ans, Mohamed Bouhafsi puise vingt ans après au fond de lui-même la force de parler. Dans un récit poignant il dit la violence, les larmes, la culpabilité et la honte. Il dit la terreur d’un petit garçon, qui malgré tout, continue à vivre et à rêver sous les coups. Au fil des pages s’égrènent des moments de joie et émergent, de la voix de l’enfant meurtri, la lumière, l’espoir et le pardon. À travers ce témoignage, la volonté de l’auteur est d’être le porte-voix de dizaine de milliers d’enfants en détresse et de donner à chaque citoyen le courage de s’interposer.

Comment ne pas être touché par la violence décrite avec des mots d’enfant. Dès les premières pages, nos yeux s’embuent, puis des larmes perlent, et ce n’est qu’après avoir fermé le livre que sèchent nos joues. Quelques sourires fleurissent tout de même, quand un peu d’espoir (de faux espoir) bourgeonne, mais le bonheur se fane aussi vite qu’il s’épanouit. Les maux, les coups, les désillusions pleuvent, rien n’est épargné à ce petit garçon qui voue un amour démesuré à sa mère, et se sent coupable du mauvais traitement qu’elle subit. Un témoignage bouleversant, à travers un regard nuancé, étonnement teinté de nostalgie, qui témoigne de la sincérité totale de son auteur. Avant de le lire, j’avais déjà beaucoup d’affection pour Mohamed, sa sensibilité, sa bienveillance, sa générosité, sa pertinence aussi. Mais je le percevais comme un être fragile, alors qu’après avoir découvert son récit je réalise la force qui le caractérise. La force de caractère, la force d’amour, la force de travail, la force de conviction, la force d’abnégation. Puisse sa voix être entendue, écoutée, et résonner en celles et ceux qui souffrent comme il a pu souffrir.

LE CONSEIL BONUS : Le micro-trottoir de l’inégalable Loris, réalisé à Dakar, sur l’amitié homme/femme : https://www.youtube.com/watch?v=Z7ycXlcN2w0

A propos d’Anthony Bussonnais : Anthony a grandi et vit toujours dans le Saumurois. Depuis tout petit, il cultive une relation privilégiée avec l’écriture. En 2015, alors que depuis quelques temps déjà trotte dans sa tête l’idée, il entame l’écriture de son premier roman, Un mal pour un mal. En Septembre 2017, il publie un recueil de ses textes, jusque-là inexploités, intitulé Un peu de moi. Entre humeurs, pensées et réflexions, il traite de thèmes divers. Le 6 Octobre 2018, Anthony publie son second roman, Chasse 160618 un nouveau thriller au suspense haletant. Septembre 2019, Chasse 160618 remporte le prix Les talents de demain, décerné par Kobo by Fnac en partenariat avec les éditions Préludes et Babelio. Son livre est alors réédité (Préludes Noir) sous le titre Un samedi soir entre amis.

Les chroniques précédentes– Retrouvez toutes les chroniques de la saison dernière ici.
– Chronique du 08/09/2021 : http://saumur-kiosque.com/article.php?id_actu=6400…
– Chronique du 22/09/2021 : https://saumur-kiosque.com/article.php?id_actu=642…
– Chronique du 06/10/2021 : http://saumur-kiosque.com/article.php?id_actu=6451…
– Chronique du 20/10/2021 : http://saumur-kiosque.com/article.php?id_actu=7160…

– Chronique du 3/11/2021 : http://saumur-kiosque.com/article.php?id_actu=7186…
Chronique du 17/11/2021 : http://saumur-kiosque.com/article.php?id_actu=7210…
– Chronique du 01/12/2021 : http://saumur-kiosque.com/article.php?id_actu=7240…
– Chronique du 15/12/2021 : http://saumur-kiosque.com/article.php?id_actu=7265…
– Chronique du 05/01/2022 : http://saumur-kiosque.com/article.php?id_actu=7287…
– Chronique du 19/01/2022 : https://www.le-kiosque.org/la-chronique-culture-danthony-bussonnais/

 

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