Le Kezako du Kiosque : “Y’en a qu’ont essayé”

Aujourd’hui, l’épisode sera un brin différent des dernières éditions puisqu’il est inspiré d’une petite aventure ferroviaire qui m’est arrivée hier matin. Mais les anecdotes ont ça d’intéressant qu’elles permettent souvent de soulever des problèmes de fond plus importants. Alors kezako à la gare de Saumur ?

Je ne sais pas vous, mais d’aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai presque toujours pris le train depuis Saumur pour mes voyages, et souvent des TGV provenant de Nantes ou de Tours et qui marquaient l’arrêt chez nous ; puis petit à petit ça n’a plus été possible.
Depuis un bon moment déjà, il faut rallier Angers ou Saint-Pierre-des-Corps pour récupérer une correspondance de grande ligne. Ce n’est pas la mer à boire, certes, on s’habitue. Puis l’offre Ouigo est arrivée, compagnie connexe à la SNCF, avec ses trains à bas coût. La desserte saumuroise ne s’en trouvait guère changée, jusqu’au retour des locomotives et wagons des années 80 et 90 sur le réseau. Vous avez sans doute déjà vu repasser ces
chers Corails, bariolés maintenant de bleu et de rose, avec leur nonchalance d’époque. Eh bien pour ceux qui l’ignoraient, ils permettaient à nouveau de rallier Saumur à Paris en direct. Une aubaine pour notre ville et les voyageurs qui s’y rendaient, notamment pour retrouver leurs familles durant les rassemblements estivaux ou pour les longs week-ends.
Pourtant, hier, scène un peu surréaliste, puisque j’ai pu constater que mon train a traversé Saumur à toute berzingue, sans marquer l’arrêt comme c’était pourtant l’accoutumée. Bon, qu’à cela ne tienne, je revenais une heure plus tard avec un TER depuis Angers avec la désagréable sensation qu’on m’avait volé mon temps.

Panier percé

On l’entend depuis longtemps maintenant, le train coûte horriblement cher à maintenir. La remise à niveau des lignes anciennes est un puits sans fond que la SNCF n’arrive plus à combler, déjà lourdement endettée. La logique de rentabilité n’a pas échappé aux calculs de la société de transport public, car depuis la mise en place des lignes à grande vitesse (LGV), de très nombreuses communes moyennes (entre 20 000 et 100 000 habitants) ont
progressivement perdu leur connexion directe à Paris ; Saumur est un excellent exemple de ce phénomène, ses jonctions avec Paris et Lyon ayant quasiment disparu en quinze ans. Le principe d’un TGV, c’est de rallier un point de départ à sa destination dans un laps de temps le plus court possible, et multiplier les arrêts brise cette dynamique sans garantir à la compagnie de mieux remplir ses places laissées vacantes. Ce n’est pas l’unique raison à la raréfaction des liaisons entre grandes et moyennes villes, bien entendu, mais la volonté est là : lier les métropoles entre elles. La complétion de ce maillage très partiel revient aux réseaux Intercités et TER, qui ont vu leurs périmètres d’actions augmenter drastiquement. Malheureusement, cela ne suffit guère et l’accession aux LGV devient de moins en moins évidente.

Drôle d’équilibre

Etonnamment, la mise en place des LGV a largement participé à isoler certaines communes et régions, mettant en exergue un paradoxe des plus stupides : l’impossibilité de relier certaines capitales de région (parfois presque voisines) sans faire d’interminables détours jusqu’à Paris. L’effet a donc été très relatif pour une grande partie du territoire national. La SNCF a, par la suite, cherché à favoriser les dessertes directes (du point A au point Z) plutôt que les dessertes partielles (du point A au point C, du point H au point V, etc.) assurant un taux de remplissage plus pérenne de ses trains, appauvrissant de facto les échanges régionaux entre villes plus modestes. C’est une conséquence perverse de notre longue histoire centraliste, mais cela s’explique également par l’agencement des lignes actuelles.
Le réseau français est important mais il perd lentement en longueur exploitable (près de 27 500 km de voies ferrées aujourd’hui contre 31 000 km en 1999), les infrastructures vieillissantes ou mal entretenues participent à l’isolement de certains tronçons. On pourrait alors se demander qui décide quel arrêt sera ou ne sera pas ? Certes, les régions et le contribuable financent en bonne partie le train (50%, soit 5,1 milliards d’euros en 2021), mais c’est bien à la SNCF que revient la décision finale de desservir une ville, selon ses possibilités techniques et ses objectifs de rentabilité ; au grand dam du voyageur. Donc finalement, Saumur, à l’instar d’autres communes aux densités de population similaires, subit le résultat d’une équation complexe, devant se contenter d’être connectée au reste du maillage ferroviaire par des réseaux secondaires (Corail, Intercités, TER, voire même des cars).
Dès lors, nous pouvons légitimement nous demander comment inverser cette tendance. À l’heure où nous devons tous privilégier les transports en commun en lieu de la voiture, il apparaît étonnant que les possibilités de prendre le train facilement se tarissent. Plutôt saugrenu.

Hugo

Commentaires 5

  1. Philou971 says:

    Un constat très juste et sans concession !
    Les petites et moyennes villes se meurent et vu de Paris tout le monde s’en tape…

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    • C'est une blague says:

      Normalement quand on prend un billet, il est indiqué les arrêts et les correspondances. Ne pas s’arrêter à la gare de Saumur me semble exagéré. Hugo n’en rajouterai pas par hasard?

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  2. Petit Site says:

    Pourtant tant le milieu touristique on nous tanne à longueur d’année « L’Anjou est à 1h30 en train de Paris », « Regardez on fait de la publicité en région parisienne pour attirer les touristes ». C’est quand même un comble qu’il ne puisse pas descendre directement à Saumur quand on sait que le Saumurois est la partie du département la plus touristique !

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  3. Gars says:

    Ce n’est pas simple les désertes, il y a tellement de contradictions chez les décideurs et chez l’usager. Je voudrai par exemple que les intercites Nantes-Lyon s’arrêtent à La Menitre mais c’est non alors que Saumur y a droit. Même les trains « Loire en vélo » ne s’y arrêtent pas alors que… Que veut-on en vérité, que veullent les décideurs ?

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  4. Rabiller marie says:

    Bravo pou cet article beaucoup dindustriel et professionnel préférent vivre à Angers ou Tours
    Mieux desservie avec train directe via grandes destinations
    Cela a fait bondir le coût immobilier autours de la gare d’Angers

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