Saumurois. La cuisine centrale : le maître-mot, « la solidarité »

Le serpent de mer qu'est le projet de cuisine centrale est ressorti mais cette fois-ci, ce n'est pas la ville de Saumur seule qui porte le projet, mais s'y est associée la commune de Bellevigne-les-Châteaux. Armel Forger, maire de cette dernière et vice-président de l'agglo, en véritable globe-trotter de cette cuisine centrale se déplace de communes en communes pour prêcher la cause afin que "ce projet solidaire intercommunal" puisse voir le jour.

La communauté d’agglomération Saumur Val de Loire a pour projet la création d’une cuisine centrale de restauration collective au services des écoles de ses communes, prévue en 2024-2025. Elle a pour cela mobilisé un cabinet d’ingénierie chargé de réaliser une première étude de faisabilité qui fait mention d’un coût de construction d’un bâtiment, qui pourrait se situer non loin du Campus de Saumur, évalué à 5.7 millions d’euros. Ce qui permettrait la sortie d’un prix de repas potentiel de 3.80 à 4.30 euros « dans un premier temps », n’oublie pas de souligner Armel Forger, maire de Belevingne-les-Châteaux et vice-président de l’agglo qui porte ce projet. « C’est seulement une fourchette en terme de coût de revient, mais elle permet de ne pas être déçu à l’arrivée, même si je pense déjà que nous serions plus dans la fourchette basse. Mais, il ne faut pas négliger les facteurs extérieurs que nous ne maîtrisons pas, telle que l’inflation. C’est un pari sur l’avenir. Regardez ce qui se passe à Angers : la ville a mis en place une SPL restauration scolaire depuis 2 ans déjà et les prix sont déjà en baisse. »

15 des 45 communes sollicitées

15 communes de l’agglo ont été sollicitées, à savoir celles qui à l’heure actuelle fonctionnent en circuit froid avec un prestataire extérieur, les communes assurant le service. Cela représente un volume de 3 138 repas par jour scolaire, sachant que le projet, au regard de l’étude serait viable à partir de 2 700 repas, et « sachant que le projet pourrait allé jusqu’à 4 000 repas par jour. Cela permettrait aux communes qui fonctionnent en liaison chaude de pouvoir se raccrocher dès lors qu’elles le souhaitent ou arrivent en fin de contrat avec leur prestataire privé, ou bien tout simplement qui devraient se passer de cuisinier-cantinier de façon ponctuelle (arrêt maladie) ou pérenne (retraite), ou enfin qui ont des matériels en fin de vie. » précise Armel Froger.

Une SPL restauration, le meilleur schéma

Sur le plan juridique, cela passerait par la création d’une SPL (Société Publique Locale) de type restauration permettant de gérer la construction de l’équipement et d’assurer directement son exploitation (relire notre article). « C’est une fonctionnement que nous maîtrisons bien (n.d.l.r l’agglo dispose déjà de plusieurs SPL, transport, déchets, environnement). Et c’est un modèle juridique qui permet aux communes actionnaires, de facto membres du Conseil d’Administration, de piloter et donner les orientations en respect évidemment de la loi EGalim* et dans le cadre du PAT**. Les communes sont dès lors propriétaires de l’outil financier, devenant actionnaires et participant au fond de roulement. Cela permet aussi à la SPL de ne pas trop emprunter. En plus le modèle SPL permet de récupérer la TVA, ce qui est non négligeable. » Et l’élu de conclure : « Même si la restauration scolaire n’est pas une compétence communautaire (n.d.l.r. comme le sont la culture ou encore les piscines), c’est selon moi un très beau projet intercommunal structurant. Et en plus, on aurait l’outil en gestion propre, sans avoir besoin de mise en concurrence comme cela avec des prestataires privés. Autre point non négligeable, la SPL disposerait d’une diététicienne professionnelle. Et un point essentiel, toutes les communes auraient les mêmes tarifs de repas, ce qui est loin d’être le cas actuellement où cela oscille entre 3.20 € à plus de 5 € dans certaines communes. S’il n’est pas d’intérêt communautaire stricto sensu, c’est un véritable projet solidaire, à l’image même de ce que doit être, à mon sens, une agglo. » Les élus des communes sont appelés à en délibérer en leurs conseils municipaux avant la fin novembre.

Un peu plus de 1 500 repas

Après être aller « prêcher » dans toutes les communes, dans les quelles « avec les deux techniciennes de l’agglo, nous avons été fort bien accueillis », à ce jour, l’agglo a recueilli les voix favorables de 4 communes, ce qui amène à 1 526 repas, sachant que la ville de Saumur en représente 1 150 (1).
Armel Froger est dubitatif : « J’ai du mal à comprendre que certaines communes comme Gennes-Val de Loire ait voté à 100% de sa majorité contre (27 voix contre et les 9 voix de la minorité pour). L’esprit de solidarité intercommunal est loin… mais pas quand il s’agit de construire une piscine ou une médiathèque… Certes cela s’intègre à l’intérêt communautaire… »

Le Kiosque a fouiné

Nous avons mené notre enquête auprès des maires des communes de l’agglo. Tous ne nous ont pas répondu, sachant que le sujet n’a peut-être pas encore été abordé dans leurs conseils municipaux.
Les élus des ville de Saumur et de Bellevigne-les-Châteaux (regroupement de Chacé, St Cyr-en-Bourd et Brézé) ont bien évidemment voté majoritairement voire unanimement pour, étant à l’initiative du projet.
La commune de Vaudelnay est favorable et serait intéressée, « même si cela représente un coût important pour la commune« . Pour autant, lors du conseil municipal du 3 octobre dernier, aucune délibération en faveur n’a été prise. Décision qui devra cependant être prise lors du conseil du 30 octobre.
Le conseil municipal de la commune de La Breille Les Pins a donné son accord à l’unanimité (actuellement c’est la commune de l’agglo où le repas est le plus cher à plus de 5 €).
La maire du Puy Notre Dame, Isabelle Isabellon : « je trouve que c’est une bonne idée mais le coût est important. La commune du Puy-Notre-Dame a sa propre cuisine qui utilise déjà des circuits courts. De toute façon la loi Egalim nous y oblige. Une cuisinière est employée de la commune, il n’est pas prévu et pas souhaitable de modifier son poste. Nous ne sommes pas intéressé pour participer car nous possédons déjà ce service. D’après d’autres communes qui avaient entamé la démarche l’appel financier pour devenir actionnaire reste très important et lourd pour une commune rurale. Il ne faudrait pas qu’au final tout le monde finance indirectement par l’intermédiaire du budget de l’agglo, un service déficitaire. »
Le maire d’Epieds ne souhaite pas encore donner la position de la commune.

Varrains dit non : « Pour Varrains, l’étude fait apparaître un besoin de financement en termes de participation à la construction à hauteur de 41 600 euros (hors potentielle aide de l’agglo) et de participation à la construction au fonds de roulement de la SPL d’environ 5 500 €. Les élus, jugeant que le coût est à prévoir sur 20 ans, que l’école a une cantinière et en prenant en compte l’achat de nouveaux matériels, ont affirmé de na pas être favorables au principe de construction et de gestion d’une cuisine centrale. Sur 13 votants, 12 voix contre et 1 abstention.
Trêve de plaisanterie, comme vous avez pu le lire dans le courrier de l’Ouest ce matin, Varrains a dit non à la cuisine centrale.
Le projet initial était intéressant pour nous puisque la cantinière arrive au terme de sa carrière. L’idée de recourir à la liaison froide était à étudier surtout en ce qui concerne la gestion du personnel : un bon cuisinier n’est pas pas facile à trouver mais aussi à remplacer temporairement. De plus le projet de mutualisation avec plusieurs communes me plaisait beaucoup. Le fait que les petits producteurs locaux soient impliqués dans le processus aussi. Le seul point négatif, mais il est de taille, c’est l’implication financière que cela demande. Sur un projet établit sur 20 ans, nous sommes, et c’est normal, pieds et poings liés. La commune avait aussi l’opportunité de revendre les repas à l’école privée mais le prix du repas envisagé (eux qui sont passé à la liaison froide par le biais du privé) a été rédhibitoire. Ensuite la décroissance démographique et le nombre des effectifs qui baissent sans cesse depuis des années est une des raisons pour laquelle Varrains ne veut pas s’engager dans une SPL de cette envergure. La commune se laisse toutefois l’opportunité, si l’évolution du nombre d’élèves augmente, de revoir sa copie. Elle continuera de proposer, tant que les aides gouvernementales nous le permettront des repas à un Euro pour les familles les plus modestes à 3,95€ pour les autres. »

Gennes Val de Loire dit non : « Actuellement, un marché est en cours sur la commune de Gennes -Val- de- Loire depuis janvier 2022 avec la société Restoria. Ce marché a été reconduit jusqu’en décembre 2024. Les termes de ce marché vont au-delà de la loi EGalim : 50% d’approvisionnement local, durable ou labellisé, avec 40% de bio (2 fois plus que la loi EGALIM).
Dans la gamme des menus proposés par Restoria, le choix de la collectivité s’est porté sur le menu classé 4 étoiles, soulignant ainsi la volonté d’offrir des repas de qualité aux enfants.
La qualité de la prestation donne satisfaction aux familles et est appréciée des cuisiniers, pour preuve l’absence de réclamations tant sur les quantités que sur la variété des menus et leur qualité.
Les représentants des parents ont la possibilité de s’exprimer puisqu’ils participent aux Commissions Menus organisées avec Restoria. Ces rencontres sont des temps d’échanges avec les professionnels (cantiniers), le prestataire et les élus. Cette relation de proximité est souhaitée et appréciée des participants.
Aspects financiers
Le coût du repas facturé par Restoria s’établit au 1er juin 2023 à 3,29€ HT, 3,47€ TTC (maternelle), 3,42€HT, 3,60€ TTC (élémentaire)
Le projet soutenu par l’Agglomération Saumur Val de Loire suppose un investissement de la Commune Gennes-Val-de Loire proche de 400 000 Euros étalé sur plusieurs années. Le coût du repas annoncé s’établit entre 4,27 € HT et 4,43 € HT. La durée d’engagement dans la SPL n’est pas déterminée, car il faut « revendre ses parts » pour pouvoir en sortir. Après en avoir débattu le Conseil Municipal a jugé que ce projet n’apporte pas de plus-value suffisante en termes de qualité de prestation par rapport à la situation actuelle, mais au contraire présente un fort impact sur les finances communales. De plus, le mode de gestion choisi fait peser un risque fort de perte de proximité avec les parents. Le poids que la Commune de Gennes-Val-de-Loire représentera au sein de cette SPL ne peut garantir aux élus que leurs priorités ou préoccupations seront prises en compte.
Considérant les engagements financiers de l’agglomération en faveur de Gennes- Val -de -Loire, les élus de la minorité auraient souhaité un engagement fort de la collectivité sur ce projet. Leur demande de vote à bulletin secret n’a pas été validée.
Au vu de ces considérations, le Conseil Municipal, à la majorité de ses membres (27 voix Pour, 9 Contre) a décidé de ne pas adhérer à ce projet de construction et de gestion d’une cuisine centrale tel que présenté dans le rapport de l’agglomération Saumur Val de Loire. »

(1) Les 15 communes concernées (3 138 repas au total)
Les communes ayant déjà délibéré favorablement :
– Saumur (1 150 repas)
– Bellevigne-les-Châteaux ( 232 repas)
– La Breille-les-Pins (24 repas)
– Vaudelnay (120 repas)
soit 1 526 repas
Les communes en attente de délibération :
– Blou (55 repas)
– Cizay-la-Madelaine (43 repas)
– Courchamps (43 repas)
– Epieds (46 repas)
– Fontevraud l’Abbaye (75 repas)
– Le Coudray-Macouard (87 repas)
– Les Ulmes (45 repas)
– Rou-Marson (45 repas)
– St Philbert du Peuple (90 repas)
– Vivy (255 repas)
– Denezé-sous-Doué (50 repas)
soit 834 repas
Les communes ayant déjà délibéré défavorablement :
– Villebernier (100 repas)
– Varrains (65 repas)
– Gennes-Val de Loire (613 repas)
Soit 778 repas

*Loi EGalim, la Loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable, définitivement votée le 2 octobre 2018 à l’Assemblée nationale, a été promulguée le 1er novembre 2018. Cette loi est issue des États généraux de l’alimentation (EGalim), engagement du Président de la République, qui se sont déroulés du 20 juillet au 21 décembre 2017. Cette loi poursuit plusieurs objectifs : Rémunérer justement les producteurs, pour leur permettre de vivre dignement de leur travail ; Renforcer la qualité sanitaire, environnementale et nutritionnelle des produits alimentaires ; Favoriser une alimentation saine, sûre et durable pour tous. En savoir plus
https://agriculture.gouv.fr/egalim-1-tout-savoir-sur-la-loi-agriculture-et-alimentation

**PAT : Les Projets Alimentaires Territoriaux ont l’ambition de fédérer les différents acteurs d’un territoire autour de la question de l’alimentation, contribuant ainsi à la prise en compte des dimensions sociales, environnementales, économiques et de santé de ce territoire. En France, près de 430 (PAT) sont reconnus par le ministère au 1er avril 2023, dont celui de la Communauté d’Agglo Saumur Val de Loire. En savoir plus
https://agriculture.gouv.fr/pres-de-430-projets-alimentaires-territoriaux-pat-reconnus-par-le-ministere-au-1er-avril-2023

Commentaires 5

  1. Jeanpierre charollais says:

    Et Distré ?

    Répondre moderated
  2. Faut pas rêver says:

    Au vu des réticences des autres communes et surtout au vu du coût, ce n’est visiblement pas gagné et ne se fera vraisemblablement jamais. Alors pourquoi continuer à perdre du temps et de l’argent à faire et refaire des études en vain?

    Répondre moderated
  3. Faut pas rêver says:

    Au vu des réticences des autres communes et surtout au vu du coût, ce n’est visiblement pas gagné et cela ne se fera vraisemblablement jamais. Alors pourquoi continuer à perdre du temps et de l’argent à faire et refaire des études en vain?

    Répondre moderated
  4. Florentais says:

    Bonsoir. Il y a certainement des avantages et des inconvénients dans les 2 cas. Sur le plan national on connaît le résultat des fusions. Un bilan en France des communautés de communes? Vous voyez une différence vous citoyens? Un confort? Un service public supplémentaire obtenus ?

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