Genève. Une plaque en l’honneur de Noëlla Rouget, native de Saumur, résistante et déportée

Née à Saumur, institutrice à Angers puis résistante, déportée mais aussi passeuse de mémoire, Noëlla Rouget fait maintenant partie de notre histoire par le biais de sa plaque commémorative. L’association Mémoires, pour l’amitié et la mémoire franco-suisse, ainsi que le Consulat Général de France et de façon plus large la communauté franco-suisse rendent ainsi hommage à une femme remarquable, qui a œuvré tout au long de sa vie pour le souvenir. Répondant à l'invitation du Consul de France à Genève, une délégation d'élèves du lycée Carnot-Bertin de Saumur était présente (1)
Photo DR Association Mémoires

Cette plaque revêt une connotation symbolique forte à plusieurs titres. C’est la première fois depuis 1945 que le Monument de la rue Jean-Sénebier, réservé aux combattants, reçoit à ses côtés un nouveau nom. Ce haut-lieu de la mémoire convenait parfaitement pour honorer une femme au parcours exceptionnel qui a longtemps incarné la transmission du souvenir auprès du public. Pour elle, les horreurs de la guerre devaient déboucher sur une construction d’avenir et de paix. Lui dédier cet espace du centre de Genève, par le biais d’une «place Noëlla Rouget» est par ailleurs à l’étude, afin de signifier encore mieux l’importance de témoigner et de rendre perceptible le complexe héritage du XXe siècle.
C’est d’autant plus le cas de Noëlla Rouget, résistante et déportée dont les valeurs d’humanisme, de tolérance et de respect de la dignité de la démocratie restent connues par son exemple : celui d’avoir fait gracier le bourreau qui l’avait envoyée dans les camps et torturé son fiancé. L’association Mémoires tenait, par cette action haute en significations, à rappeler également les autres résistants de la communauté franco-suisse, anonymes ou non, qui ont lutté contre l’oppression à travers les frontières.
La plaque contient le message suivant :
Souviens-toi de Noëlla Rouget 1919-2020
Résistante française déportée à Ravensbrück
Depuis Genève, elle ne cessa de défendre ses idées humanistes, invitant sans relâche les jeunes générations à ne pas oublier les leçons du passé.

Noëlla Rouget, figure de la résistance

«Je n’en considère pas moins comme un devoir de dire à chaque fois qu’il m’est possible de le faire qu’il y a une autre voie que celle de la vengeance. Au lieu de laisser le meilleur de leurs forces se perdre en ressentiments, en haine stériles, au lieu de rester vainement tournés vers le passé, un passé atroce que rien ni personne ne pourra jamais empêcher d’avoir été, ils feraient mieux de travailler à l’édification d’un monde plus fraternel d’où serait banni la guerre, cette guerre qui légitime les pires horreurs.», écrivait, en 1966, Noëlla Rouget en allusion aux anciens de la Résistance ou des Camps qui ne partageaient pas toujours ses idéaux de pardon et de paix.
Connue pour avoir fait gracier son bourreau mais aussi pour avoir rendu perceptible son expérience dans les écoles genevoises, la résistante et ancienne déportée Noëlla Rouget était devenue une figure de la communauté franco-suisse. Elle a inlassablement porté un message de profond humanisme mais également de vigilance citoyenne qui ne cesse de résonner que l’association Mémoires espère voir perdurer et continuer d’inspirer au-delà des générations qui passent.

Historique de Noëlla Rouget (Archives nationales de France)

Née à Saumur le 25 décembre 1919, Noëlla Peaudeau est institutrice au pensionnat Saint-Laud à Angers lorsque survient la débâcle de 1940. Elle ne tarde pas à s’engager dans la Résistance, distribuant tracts et journaux clandestins, puis devenant agent de liaison au sein du réseau angevin « Honneur et Patrie » dirigé par Victor Chatenay. En juin 1943, elle est arrêtée peu après son fiancé Adrien Tigeot, instituteur rencontré dans la clandestinité, et tous deux sont emprisonnés au Pré-Pigeon, la prison d’Angers. Adrien est fusillé le 13 décembre 1943 ; le 9 novembre 1943, Noëlla est transférée d’Angers à Compiègne. Elle est déportée à Ravensbrück par le convoi du 31 janvier 1944 et s’y lie d’amitié avec Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion et Denise Jacob. Le 3 avril 1945, Noëlla Rouget fait partie des premières femmes françaises libérées en échange d’internés civils allemands. Après un passage en Suisse et en Haute-Savoie, elle arrive à Paris, à l’hôtel Lutetia, le 14 avril 1945 puis regagne Angers, très affaiblie. En septembre 1945, à l’invitation de Geneviève de Gaulle, elle s’installe avec une vingtaine de compagnes à Château-d’Œx, au chalet « La Gumfluh », l’une des neuf maisons d’accueil fondées en Suisse romande par l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR) et son Comité d’aide en Suisse. C’est là qu’elle rencontre son futur époux, André Rouget. Le couple s’établit à Genève en 1947 et Noëlla Rouget s’engage à l’ADIR, dont elle préside la délégation suisse. Dès la fin des années 1980, face à la montée du négationnisme, elle s’emploie à témoigner sans relâche de son expérience concentrationnaire. Par décret du 30 novembre 2019, Noëlla Rouget est élevée à la dignité de Grand-Croix de l’Ordre national du Mérite. Elle décède à Genève le 22 novembre 2020.

A propos de l’association Mémoires
Fondée en 2021 à l’instigation du Consul Général de France Patrick Lachaussée et de plusieurs personnalités, l’association, indépendante et apolitique, vise à promouvoir le souvenir franco-suisse et la mémoire des conflits et des victimes des XIXe et XXe siècles, ciment de l’amitié au-delà des frontières et des cultures. Elle a œuvré pour la restauration du Monument aux Morts de Genève et poursuit ses activités de recherche et d’aide à la recherche. Ses projets sont consacrés aux engagés volontaires, mobilisés et victimes des derniers conflits ainsi qu’à leur commémoration sous toutes leurs formes. Plus d’informations sur https://www.association-memoires.ch/

(1) Dans le cadre de la 25e édition du concours « Montrer l’histoire en Anjou », les lycéens de Carnot-Bertin ont été récompensés pour leur travail autour de la résistante Noëlla Rouget, née à Saumur (relire nos articles)

Commentaires 3

  1. Les mots de Victoire, élève en TRC : « Le jeudi, c’était LE moment, la commémoration de Noëlla qu’on attendait tous. Cette journée était la plus chargée en émotions, entre l’église et le consulat, entre la joie et les pleurs, c’était un grand moment fantastique. La cérémonie était incroyable et poignante. Le moment où la plaque a été dévoilée a apporté un sentiment de réussite et de joie. »

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  2. HAMON Jean-Yves says:

    BRAVO. SUPER.
    Mon 1° commentaire était trop long. J’abrège pour me conformer à la règle.
    Vous êtes des ambassadeurs extra. Regrets de n’avoir pu être des vôtres à Genève pour représenter ce petit coin de l’Ouest d’où la famille de Noëlla est issue. Mais regrets bien atténués quand je vois cette jeunesse engagée dans la chaîne de la MEMOIRE. Le passé sombre pourra servir de socle à la construction d’un monde plus fraternel, N’est-ce pas le message de Noëlla ?

    Répondre moderated
  3. Eric Monnier & Brigitte Exchaquet-Monnier says:

    Félicitations à Victoire pour ses paroles touchantes. Nous avons eu beaucoup de plaisir à accueillir ces 31 jeunes et à les conduire sur les pas de Noëlla à Château-d’Oex et à Genève. Pour eux, l’appel aux jeunes générations gravé dans la pierre dévoilée ce 13 octobre est passé. A Sainte-Thérèse, ils ont chanté avec dignité, le Chant des Marais, que Noëlla chantait souvent. Merci à chacun.e d’entre eux et on leur souhaite un bel avenir. Noëlla serait fière de vous !

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